ECDIS : Les précautions d'emploi
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Le bon usage des cartes marines
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(extrait
lettre du SHOM N°14)
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La documentation nautique est soumise à
un contrôle rigoureux, assumé par les Services
Hydrographqiues officiels, et est tenue à jour afin
d'éviter les risques propres au domaine maritime :
contrairement au milieu terrestre, les fonds marins ne sont
pas directement accessibles à l'observation et le navigateur
n'a pas d'autre choix que de se fier aux documents nautiques
pour déterminer les éléments d'une route
sûre entre deux points.
Le bon usage de ces produits, et notamment la carte marine,
implique d’avoir conscience des divers processus de confection
qui entraînent volontairement ou non des écarts
entre la réalité (le domaine maritime) et
la perception que peuvent en avoir les usagers à
la lecture des documents mis à leur disposition.
OBSERVATION ET MESURE DU DOMAINE MARITIME
(monde réel)
Le domaine maritime est d'une extrême complexité
et il est impossible de définir un modèle
de données exhaustif apte à prendre en compte
tous ses aspects. Contrairement à ce qui se passe,
au moins partiellement sur terre où dans une large
mesure une photographie aérienne contient la plus
grande partie de la réalité physique de l'objet
à représenter, en mer il faut deviner ce qu'on
ne voit pas. L'eau est en effet un milieu opaque à
presque tous les rayonnements familiers : pour découvrir
ce qui se passe sous la couche liquide et mesurer les profondeurs,
on utilise essentiellement des techniques acoustiques (moyen
le plus fiable et le mieux éprouvé aujourd'hui).
La représentation qu'on obtient du fond marin est
donc déformée et limitée par cet intermédiaire
acoustique et par l'influence importante de la colonne d'eau.
L'observation du monde réel implique donc un processus
d'abstraction adapté à des objectifs particuliers.
Seule une partie de la réalité est sélectionnée,
en privilégiant certains aspects et en délaissant
d'autres. En schématisant, on peut considérer
qu'un tel filtre agit selon des axes thématiques
(sécurité de la navigation...), temporel (variabilité
temporelle des phénomènes...) et spatial (résolution
d'acquisition...).
- Le modèle de communication cartographique
adapté au domaine maritime -
(Voir figure)
LA CARTOGRAPHIE MARINE
Une carte offre une représentation plane, graphique
et symbolique particulière de l'espace. C'est avant
tout un mode de communication visuel et non un simple type
de représentation. Son contenu est donc essentiellement
déterminé par ce que l'on veut signifier : une
perception contextuelle de l'espace géographique.
A ce titre, la carte marine est une représentation
thématique de l'environnement, dont le thème
est la navigation ; la sécurité y est privilégiée.
Les règles qui gouvernent son élaboration se
déduisent logiquement de l'usage auquel elle est destinée
et du souci primordial de la concision. Ainsi, la représentation
du relief sous-marin ne vise pas à en donner une image
exacte mais privilégie tout ce qui peut constituer
un danger pour le navigateur (hauts-fonds, épaves,
zones mal connues), tant dans la sélection des informations
que dans leur symbolisation, afin de concilier clarté
du document et sécurité de la navigation.
Les informations reportées sur la carte sont issues
de la compilation de nombreux documents provenant de divers
producteurs de données (missions hydro-océanographiques
du SHOM, DDE, ports autonomes...). Les objectifs de ces producteurs
étant parfois différents le cartographe doit
réaliser une fusion intelligente de ces données
de manière à assurer la sécurité
de la navigation.
Les données ainsi exploitées sont ensuite simplifiées
afin de les représenter dans un espace plus petit,
à l’échelle de la carte, tout en conservant
au mieux leurs caractéristiques tant géométriques
que descriptives. Ce processus est appelé généralisation
cartographique. Elle a pour objectif principal l'efficacité
de communication en s'assurant que les objets représentés
sont facilement identifiables et interprétables.
Parmi les transformations appliquées pour parvenir
à ce résultat on peut citer le lissage qui consiste
à éliminer les détails inutiles et la
caricature qui permet d'accentuer les formes caractéristiques.
De plus, certains objets ont une importance sémantique
qui n'est pas proportionnelle à leur emprise
géométrique. On est alors obligé soit
d'exagérer leur géométrie soit de leur
associer une symbolisation qui permet de les mettre en valeur
visuellement.
C’est tout l’art du cartographe marin qui doit avoir un sens
pratique de l’usage qui sera fait de ses produits, que de
modifier sans la dénaturer cette nature physique afin
d’accroître la sécurité.
- exemple de généralisation
cartographique-
(voir figure)
LES USAGERS
Conscient de cette généralisation contextuelle,
destinée à améliorer la lisibilité
de la carte tout en assurant la sécurité de
la navigation, le navigateur doit exploiter la carte marine
destinée à ses objectifs. A chaque type de navigation
doit correspondre une carte à une échelle adaptée.
Par l'absurde, il serait absolument faux de croire que la
carte 6989 au 1:345 000 (adaptée à la navigation
au large de la côte) assure la sécurité
de la navigation lors de l'entrée dans le port de Brest.
Et cela d'autant plus que la représentation, en zone
côtière, y sera partielle, minimale voire nulle.
En revanche, la carte 7401 à l’échelle de 1:22
500 doit être utilisée afin d'assurer ce type
de navigation.
Par ailleurs, au-delà de sa fonction première
d'assurer la navigation en toute sécurité,
la carte marine est exploitée comme référence
géographique par d'autres catégories d'exploitants
: pêcheurs, plongeurs...
Dans ce cas, elle ne répond pas toujours aux attentes
puisque la généralisation est strictement
orientée vers la sécurité de la navigation
alors que ces usagers s'intéressent davantage à
une morphologie précise du fond pour laquelle les
creux ont autant d'importance que les hauts-fonds et les
dangers.
CONCLUSION
Afin de répondre précisément aux besoins
d’un usager particulier, il est donc nécessaire de
définir un produit spécifique mettant en œuvre
des principes de généralisation adaptés
(conservation des caractéristiques géomorphologiques
de l'espace, communication d’une information sédimentologique
fine...). Cela a également des conséquences
sur les mesures, puisque dès la phase d'observation
et de mesures, il est nécessaire de faire des choix
en fonction des objectifs.
L’idéal serait de définir une base numérique
qui aurait en charge la gestion des informations géographiques
décrivant au plus près le monde réel
et qui, en fonction des utilisations, permettrait de visualiser
certaines informations avec un niveau de généralisation
différent selon les objectifs.
C’est ce qui pourrait être atteint, à moyen
terme, à partir des systèmes de visualisation
de cartes marines électroniques (ECDIS) en cours
de développement. A partir d’une référence
géographique commune, celle des cartes marines, il
sera possible de définir des produits contenant de
l’information spécifique à certaines activités
: c’est l’ESIS pour les activités d’exploitation
de la mer, le WECDIS pour les activités militaires...
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Les précautions d'emploi relatives
au GPS
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Extrait : Les guides du SHOM :
"GPS et navigation maritime" (édition 3 du
25 mars 2000) (940 ROA)
Voir également le guide du SHOM : "L’hydrographie,
les documents nautiques, leurs imperfections et leur bon usage"
(001FNOA)
LE GPS ET L’IMPRÉCISION DES CARTES
MARINES
Les
dangers immergés et l'emploi du GPS
Le navigateur équipé d'un
récepteur GPS, en particulier en mode différentiel,
et qui aura bien pris en compte le décalage entre
le WGS 84 et le système géodésique
de sa carte ne devra cependant pas user inconsidérément
de l'excellente qualité de son positionnement. Il
n'oubliera pas que la position des dangers immergés
portés sur les cartes est connue avec une précision
généralement inférieure à celle
de son propre système de navigation. En effet, pour
les zones où l'hydrographie est antérieure
à 1950, un danger immergé ou un haut-fond
en vue de terre peut être situé sur la carte
à plus de 100 m de sa position réelle, l'erreur
pouvant atteindre ou dépasser 300 m plus au large.
Ce n'est qu'après l'avènement des systèmes
de radiolocalisation que les Hydrographes ont été
en mesure de situer les hauts-fonds sur tout le plateau
continental avec une précision horizontale de l'ordre
de 10 m, c'est à dire avec une précision comparable
à celle du DGPS.
Il y a donc un risque certain pour le navigateur qui, conscient
de l'excellente qualité de son point GPS, voudrait
serrer les hauts-fonds de trop près. Si, enhardi
par la précision de l'ordre le 10 m de son GPS différentiel,
il adoptait une route passant théoriquement à
100 m d'un haut-fond cartographié, toutes les conditions
pour un éventuel talonnage seraient réunies.
C'est pourquoi l'utilisateur du GPS devra continuer à
suivre la bonne vieille règle du pouce.
Une marge de sécurité
à prendre : la règle du pouce (1)
De façon générale,
le navigateur prend deux marges de sécurité,
l'une verticale que l'on appelle couramment le pied de pilote,
l'autre horizontale qui consiste à passer à
une distance suffisante des dangers immergés. L’utilisateur
du GPS devra continuer à prendre ces deux marges,
et pour la seconde appliquer la règle du pouce :
il tracera, chaque fois que possible, sa route de façon
à passer à plus d'un pouce des dangers immergés,
à l'échelle de la carte dont il se sert.
Cette règle est un peu sévère dans
les approches portuaires qui ont fait l'objet de levés
récents. Dans ces zones, le navigateur sera en mesure
de profiter pleinement et lucidement de la précision
du GPS.
(1) Le pouce désigne ici aussi bien une ancienne unité
de longueur (2,707 cm) que la largeur du pouce du navigateur
posé sur la carte !
CARTE ÉLECTRONIQUE, CARTE NUMÉRISÉE...
: PRÉCAUTIONS D'EMPLOI
La carte électronique faisant
partie d'un système intégré de navigation
permettra de faire apparaître de façon continue
la position du navire sur un système de visualisation
de cartes marines (ECDIS : Electronic Chart Display and
Information System). En raison de la vocation internationale
de l'ECDIS, la base de données numériques
cartographiques correspondante sera nécessairement
rapportée au WGS 84. Le système de localisation
le plus fréquemment associé à l'ECDIS
sera le GPS en mode différentiel. Ainsi on verra
apparaître sur l'ECDIS la position absolue du navire
connue à 10 m près, alors que bon nombre des
données cartographiques apparaissant sur l'écran
du système comporteront des incertitudes sur la position
bien supérieures, incertitudes dont les ordres de
grandeur viennent d'être rappelés. Bien que
les données pour ECDIS contiendront des informations
sur leur qualité permettant au navigateur d'apprécier
la confiance qu'il doit leur accorder (information objective
sur l’origine des données bathymétriques et
information subjective sur la qualité des données
bathymétriques en regard de l’usage de la carte),
les risques précédemment décrits demeureront
donc.
La tentation de passer près des dangers sera plus
grande lorsque le GPS sera associé à la carte
électronique que lorsqu'on ne dispose que d'une carte
papier. Dans le premier cas la position du navire apparaîtra
en effet de façon automatique, instantanée
et continue dans son environnement nautique. Dans le second,
le report du point prenant du temps, le navigateur sera
plus prudent.
Il faudra de nombreuses années pour reprendre les
levés hydrographiques anciens dans les zones fréquentées
par la navigation internationale afin d'atteindre une précision
de position de toutes les données cartographiques
supérieure ou égale à celle que donne
le GPS en mode différentiel. En attendant, le navigateur
utilisant la carte électronique ne devra pas réduire
sa marge de sécurité. Il est à noter
que l'ECDIS permettra des agrandissements (zoom) dans les
limites compatibles avec l'échelle des levés
de la zone. Il est clair qu'un zoom exagéré
constitue un risque inacceptable, ne serait-ce que parce
qu'il permet de contourner la règle du pouce de façon
parfaitement illicite.
Visualisation
de la position sur un écran (micro-ordinateur...)
Le report automatique de la position
GPS sur une carte numérisée présente
les mêmes dangers. Tous les problèmes d'exploitation
exposés précédemment pour la carte
papier demeurent, même dans la meilleure configuration
technique des représentations numériques.
Des problèmes particuliers peuvent également
survenir, liés à l'emploi de produits numériques
non officiels : renseignement sur le décalage du
système géodésique non accessible faute
d'avoir été numérisé, ou produit
transformé de manière approximative pour tenter
de le rapporter à un pseudo-WGS 84.
PERTE DU SIGNAL GPS DANS CERTAINES ZONES
TROPICALES.
Le bulletin OCEAN STECE ISSUP n° 105 du 18 janvier 1999
signale les anomalies suivantes :
Un certain nombre de comptes rendus de perte du signal GPS
durant plusieurs heures durant les nuits d'été
au large du Brésil ont été rédigés.
L'explication probable de ce phénomène serait
la suivante (selon Dr. Jose Humberro Sobral de l'Agence Spatiale
du Brésil) :
Des bulles de plasma ionosphériques peuvent faire écran
ou interférer avec les signaux radioélectriques.
Elles se forment après le coucher du soleil sur une
période qui va d'octobre à mars. Elles sont
plus fréquentes entre novembre et janvier : elles apparaissent
de préférence entre 21h3O et 02hOO. Elles sont
aussi en relation avec l'activité solaire, ce qui signifie
que les trous de réception du GPS vont être plus
fréquents dans les deux années à venir
avec un pic entre 2000-2001.
Ce phénomène n'est pas limité au Brésil
et peut affecter d'autres zones tropicales. Les fournisseurs
d'équipements s'investissent sur ce phénomène
et recherchent des solutions.
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Les précautions d'emploi relatives
au système ECDIS
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L'emploi de l'ECDIS doit alléger
le travail systématique en passerelle, il ne remplace
en aucune matière le sens marin du navigateur et ne
substitue pas à la veille optique :
"LA NAVIGATION, QUI EST UNE SCIENCE MAIS AUSSI UN ART,
NE SERA JAMAIS UNE AFFAIRE
DE BOÎTE NOIRE."
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