Techniques d'étude des fonds marins
Les outils d'acquisitions : Sonar latéral, sondeur
multifaisceaux, sismique et géoacoustique
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Le monde marin est peu transparent à
la lumière, la majeure partie des méthodes classiques
en domaine aérien ne peuvent donc être utilisées.
Les progrès dans les domaines de l'hydrographie ou
de la sédimentologie sont liés, ces dernières
décennies, aux développement des systèmes
de mesure acoustique tel que les sondeurs (mono puis multi-faisceaux
(SMF)), les sonars latéraux ou la sismique.
Le fond filtre les signaux acoustiques, en prélevant
une part de l'énergie véhiculée, et renvoie
une partie du signal vers la source. L'analyse du signal réverbéré
est effectuée par les sédimentologues pour caractériser
les fonds, et par les acousticiens et sonaristes, pour la
modélisation acoustique et la détection sur
les sonars des objets ou organismes recherchés. Les
premiers travaillent préférentiellement avec
des ondes émises verticalement (spéculaire),
les seconds étudiant plutôt les ondes émises
avec un angle faible afin d'explorer la tranche d'eau sur
une vaste étendue. Par petits fonds une onde acoustique
émise selon une faible rasance se propagera par de
multiples rebonds (fond-surface), l'impact de la nature des
fonds sera alors très important. Par grands fonds tout
dépendra des propriétés de la couche
d'eau qui peuvent engendrer un piégeage des ondes acoustiques
ou favoriser la réflexion des ondes sur le fond marin
; la connaissance des sédiments sera dans ce second
cas nécessaire.
La réverbération est affectée aux hautes
fréquences (quelques centaines de kHz) par la végétation
sous-marine ; les sondeurs haute fréquence seront bien
adaptés pour la cartographie des algues et herbiers.
Avec la diminution de la fréquence, la pénétration
des ondes dans les sédiments s'accroît ce qui
augmente les capacités des systèmes à
classifier les sédiments. En deçà d'une
limite avoisinant 20-30 kHz, les ondes peuvent alors traverser
plusieurs couches sédimentaires voire même atteindre
la roche sous-jacente ; les paramètres acoustiques
obtenus correspondent de ce fait à un mélange
de différentes informations et deviennent plus difficiles
à interpréter. La pénétration
des ondes dans le sédiment est influencée par
la granularité des sédiments pais aussi par
des inhomogénéités internes comme les
terriers, les bulles de gaz, les coquilles et les variations
de porosité.
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Type et Fréquence du système
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Application
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| Sondeur 2 MHz - 400 kHz |
Détection sur profil
par traitement d'image de la répartition des algues |
Sonar latéral et
SMF
200kHz -90 kHz |
Cartographie par petits
fonds des structures sédimentaires sur mosaïques
d'images |
| Sondeur 90 kHz - 30 kHz
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Systèmes de Classification
des fonds |
Sonar latéral
et SMF
20kHz -10 kHz |
Cartographie
par grands fonds des structures sédimentaires sur
mosaïques d'images
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| Boomer 10 kHz à 0,01
kHz |
Caractérisation des
couches sédimentaires |
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Relation entre la fréquence
de quelques systèmes d'acquisition et de leur
domaine d'application
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Le sonar latéral
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Présentation
Le sonar latéral est un émetteur-récepteur
d'ondes acoustiques qui présente l'avantage de visualiser
les fonds sur une largeur importante. Le signal acoustique
réfléchi par les fonds marins est restitué
à bord du navire sur écran. Sont ainsi obtenues
des informations sur la morphologie et la nature texturale
du fond. Ce système utilisé par les hydrographes
pour rechercher les épaves et obstructions, est un
outil très utile pour les applications de sédimentologie
car il apporte une vision du fond comparable à de la
photographie aérienne du sol.
Le sonar à balayage latéral se compose :
- d'un poisson cylindrique, en métal profilé,
pourvu d'ailerons de stabilisation, d'un lest en zinc
dans le nez pour l'équilibre hydrodynamique, de
caissons étanches pour les transducteurs et l'électronique,
un bras de remorque et une prise étanche câble
électroporteur-poisson,
- de câbles avec une double armature en acier tressé,
de 5 tonnes de charge de rupture, avec une longe flexible
de 5 mètres du côté du poisson, une
alimentation électrique,
- d'un dépresseur qui permet d'augmenter la profondeur
d'immersion du poisson et ainsi de pouvoir explorer la
totalité du plateau continental,
- d'un équipement de visualisation, d'enregistrement
et de traitement du signal à bord du navire.
Photographie d'un sonar latéral
Le poisson est remorqué à
une hauteur du fond d'environ 1/10ème de la portée
efficace maximale choisie. Le profil levé est parallèle
à la direction principale des courbes bathymétriques
de manière à avoir une profondeur constante
et de favoriser la détection des structures. Les navires
du SHOM effectuent un recouvrement total des profils, ce qui
permet d'insonifier 2 fois les épaves et obstructions
et ainsi de mieux caractériser le point haut sur lequel
sera effectué les plongées.
Les deux transducteurs latéraux rayonnent
des faisceaux extrêmement fins, d'un degré
d'ouverture en gisement (dans le plan horizontal) et 20
à 50° d'ouverture en site (dans le plan vertical).
Une brève impulsion électrique est envoyée
vers les transducteurs portés par le poisson. Transformées
en ondes acoustiques de courte durée (0,1 ms) et
de haute fréquence (100 kHz ou 500 kHz selon la résolution
recherchée), les impulsions ultrasonores successives
se propagent dans l'eau et sont réfléchies
sur le fond. Seule l'onde spéculaire, celle empruntant
la même trajectoire après réflexion,
est reçue par le poisson du sonar latéral.
Le signal acoustique, transformé en signal électrique,
est ensuite traité pour reconstituer une image acoustique
du fond marin. Selon la nature du fond rencontré
par l'onde, les nuances de gris varient : en général
un substrat dur sera foncé (ex : roche) et un sédiment
meuble sera plus clair (ex : vase).

Photographie d'un sonar latéral numérique avec
un dépresseur surplombant le poisson
Le sonar latéral numérique
a pour principal avantage d'être équipé
d'un capteur fournissant le roulis, le tangage et le cap magnétique.
Ces données sont lues par le processeur du poisson
à très haute fréquence, et sont incorporées
dans les séries de données sonar à enregistrer
par le processeur de surface.
Le sonar à balayage latéral numérique
nouvelle génération est basé sur une
émission simultanée d'impulsions acoustiques
multiples, dit " Multi pulse ". Cette technique
permet de fournir un taux élevé d'informations.
Comparativement au sonar latéral conventionnel qui
fonctionne sur le principe d'une seule impulsion par cycle
d'émission, la couverture se trouve densifiée
ce qui permet d'exécuter les profils à des
vitesses jusqu'à quatre fois supérieures à
celles utilisées avec les sonars à balayage
latéral conventionnels utilisés jusqu'alors.
Exemple de l'imagerie sonar latéral
numérique sur une épave
Utilisation du sonar latéral en sédimentologie
La nature du fond influence les ondes acoustiques
par suite de plusieurs phénomènes :
- les pertes de propagation dues à la réflexion
(perte par réflexion sur le fond, diffusion sur
la surface du fond marin, réflexion sur le substratum
induré),
- la réverbération (ou rétrodiffusion)
qui résulte du renvoi vers la source de l'onde
acoustique par action de la rugosité,
- la diffusion qui engendre l'allongement des signaux
reçus,
- le bruit lié à l'activité biologique,
aux avalanches sous-marines, aux mouvements des galets.
Exemple d'images et de mosaïques
d'images sonar latéral et SMF obtenues par le SHOM
sur divers environnements d'étude de la sédimentologie
La donnée sonar latéral constitue,
depuis les années 1980, un outil indispensable pour
la cartographie des sédiments, car elle permet d'observer
:
- des structures sédimentaires de petite taille
ou dont le relief est insuffisant pour être détectés
à l'aide des données bathymétriques
; c'est le cas des champs de mégarides, des pockmarks
(cratères liés à l'évacuation
des gaz),
- lorsque leur densité est suffisante, la répartition
de certains faciès particuliers ayant une signature
acoustique particulière tels que les bancs de crépidules,
ou les champs d'algues et herbiers de posidonie,
- la limite des affleurements rocheux, comme les dômes
de sel, et cela d'autant plus que la roche est rugueuse
et en relief,
- les blocs rocheux épars pluridécimétriques
qui ne sont détectables qu'avec ce système,
- les traits de chalutage, les traces d'ancres, les câbles,
pipe-lines, les épaves,
Le SHOM met en oeuvre le sonar latéral
pour localiser les obstructions et épaves, l'utilisation
de ces données pour la cartographie des sédiments
permet d'affiner les limites de zones rocheuses, de caractériser
les différentes structures sédimentaires (bancs
et dunes de sables, pockmarks,
) .
La limite entre deux zones ayant des coefficients de rétrodiffusion
différents, se traduit sur l'enregistrement graphique
par une modification des niveaux de gris. Classiquement, un
enregistrement blanc ou gris clair correspondra à des
sédiments fins, un enregistrement gris foncé
à des sédiments grossiers, la roche paraissant
plus sombre et pourvue de fractures et zones d'ombres.
Cependant, si le sonar latéral permet une bonne reconnaissance
des structures rocheuses et sédimentaires (champs
de mégarides, dunes de sable, rubans sableux...),
il ne permet pas une identification précise de la nature
des sédiments. Par exemple, l'extrait de sonogramme
suivant (444ko), semble montrer sur la droite un fond rocheux,
il s'agit en fait d'un banc de crépidules en Baie du
Mont Saint-Michel. De nombreux faux amis ont ainsi été
détectés : fonds sableux absorbants, fonds vaseux
réfléchissants, montrant que l'interprétation
des bandes sonar latéral ne peut se faire sans l'usage
de données complémentaires tels que les prélèvements
Banc de crépidules (organismes
vivants, coquilles et vases) à droite sur un fond sédimentaire
non envahi (Baie du Mont Saint-Michel)
Les données d'imagerie sonar latéral sont tout
d'abord regroupées sous forme de mosaïques (fusion
des différents profils). Ces mosaïques sont interprétées
par un spécialiste pour fournir des cartes de structures
sédimentaires qui sont intégrables en Base de
Données et qui servent de données d'entrées
pour la réalisation des cartes sédimentaires.
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Fonds absorbants (uni
ou rugueux) ; peu, normalement ou très réfléchissants
(uni ou rugueux) ; roche affleurante ou sub-affleurante
; Champs de mégarides 2D de longueur d'onde <5m,
<10m ; dunes ;
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Mosaïque sonar latéral
des abords de Cherbourg extraite de la BDSS, avec une
classification des fonds adaptée aux données
d'imagerie |
En première approche, les limites inhérentes
à ce système sont dues à des problèmes
de distorsion (causés par l'état de la mer:
roulis, tangage...) et à des problèmes de positionnement
du poisson lorsque les courants sont forts. Du point de vue
de la sédimentologie ce système a, dès
les années 1980, permis de visualiser les structures
sédimentaires inconnues auparavant. Le sonar latéral
à 100 kHz est assez peu discriminant du point de vue
granulométrique et ne perçoit plus du tout de
variations de nature de fond à plus haute fréquence.
En contrepartie, il gagne alors en résolution et permet
la détection de petits objets (blocs erratiques, rides,
rubans sableux, herbiers,
). Ainsi, en première
analyse, la cartographie des sédiments paraît
facile à réaliser avec les images sonar latéral
qui paraissent aussi explicites que des photographies aériennes.
Pourtant des écarts entre ce que semblaient montrer
les données sonar latéral et la vérité
terrain ont été rencontrés et correspondent
au deuxième niveau de la limitation des capacités
de ces systèmes.
Ainsi nous avons observé :
- que des mégarides observées sur un profil
pouvaient ne pas l'être sur des profils perpendiculaires,
- que des taches noires de l'estuaire de la Vilaine sur
un fond gris homogène, semblant montrer des sédiments
grossiers ou des fonds rocheux dans un environnement sédimentaire
homogène plus fin, étaient en fait des vases
indurées au sein de vases molles (observation en
plongée),
- qu'aux abords de l'estuaire de la Gironde, des déformations
du signal acoustique par réflexion sur la surface
pouvaient mimer des champs de mégarides,
- ...
Les exemples d'écarts entre la nature
réelle des sédiments et les images sonar latéral
sont plus fréquents qu'il n'y parait. Mais pour les
mettre en évidence, il est nécessaire de confronter
ces images à multiples autres données qui ne
sont pas toujours à la disposition du sédimentologue.
Il est ainsi parfois observé plusieurs types de sédiments
très différents pour une zone paraissant homogène
sur les données d'imagerie. A l'opposé nous
avons reconnu des limites très nettes sur des sonogrammes
qui ne correspondaient en réalité qu'à
une légère variation granulométrique
(passage de sables moyens à des sables grossiers au
sud du Raz de Sein ; passage de sables fins à des sables
fins comportant des coquilles de 2 à 3mm aux abords
de Trafalgar,
).

Inter comparaison de données sonar latéral avec
un profil sismique
Les pockmarks proviennent de l'échappement
des gaz interstitiels biogéniques ou de gaz plus profond
appelés thermogéniques. Kelley et al (1994)
proposent deux modèles conceptuels avec, selon les
environnements, la formation de pockmarks de façon
lente ou soudaine :
- l'évolution ordinaire de sédiments fins
enfouis, riches en matière organique engendre la
formation de gaz par action microbienne. Les gaz migrent
naturellement vers la surface sous forme de bulles interstitielles.
Lors de sa libération, le gaz fluidifie le sédiment
et favorise la remise en suspension des sédiments
sus-jacents. Le pockmark est d'autant plus ancien que
son diamètre est important, car les gaz tendent
à toujours emprunter le même trajet ascensionnel.
- un second modèle implique l'émission
violente du gaz à l'occasion d'événements
majeurs tels que les séismes, les tsunamis, voir
même les tempêtes.

Imagerie sonar latéral : Champ de pockmarks d'une vingtaine
de mètres de diamètre rencontrés dans
le Golfe Persique (SHOM - 1999)
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Le Sondeur Multifaisceaux
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Présentation
Contrairement aux sonars latéraux
qui n'offrent que des images, les sondeurs multifaisceaux
sont des sondeurs bathymétriques ayant en complément
une fonction imagerie. De tels systèmes imageurs sont
désormais utilisés en routine, et permettent,
comme le faisait le plomb suiffé au début du
XXe siècle , d'acquérir simultanément
l'information sur la profondeur et la nature du fond.
Les sondeurs multifaisceaux (SMF) actuellement utilisés
par le SHOM à l'écart du domaine côtier,
sont un SMF grand-fonds EM120 de la société
Simrad, et 4 SMF petit-fonds EM1002. Les travaux menés
par la cellule sédimentologie sur l'imagerie SMF ne
concernent pas les SMF très petit fonds des vedettes
hydrographiques. Ces derniers systèmes acquièrent
plusieurs giga octets de données/heure chacun qui ne
peuvent être étudiés actuellement.
Un système tel que le SMF EM120 grand-fonds permet
de fournir une image acoustique du fond jusqu'à des
profondeurs de 11 000 m. Avec une largeur d'exploration de
20 km, les superficies couvertes sont importantes et peuvent
atteindre 8 000 km2 par jour. L'image des fonds
marins obtenue (exemple : haut fond du nord de l'Océan
Indien) est en première approche semblable à
une image sonar latéral.
En imagerie acoustique, la réflectivité (traduite
en niveaux de gris) varie en fonction de l'angle d'incidence
de l'onde acoustique sur le fond mari. Elle est très
forte en incidence verticale (spéculaire), et beaucoup
plus faible en incidence rasante (bordure de fauchée).
Le signal rétrodiffusé est enregistré
sous la forme de profil d'imagerie acoustique constitué
de nombreux pixels géo référencés
contenant comme information une valeur de rétrodiffusion.
Cette valeur corrigée de la rasance varie suivant la
nature du fond, et va permettre de classifier les fonds gris
foncé en fonds très réfléchissants
(roches, cailloutis, fonds hétérogènes,
sédiments contenant du gaz, sédiments indurés,
), et les zones gris clair en fonds très absorbants
(vase, sables vaseux, sédiments très homogènes,
).
L'imagerie peut conduire à la réalisation d'une
carte de la nature des fonds marins, après classification
de la mosaïque d'images et une validation terrain. De
plus, elle peut apporter une information sur les propriétés
géoacoustiques des fonds. Dès l'acquisition
des premiers profils, le SHOM s'est heurté à
des problèmes d'interprétation des données
d'imagerie, en particulier lors de la découverte de
la tache blanche de l'éventail turbiditique du glacis
celtique. Ce profil d'imagerie SMF, acquis en 1993 lors d'un
transit, montre des fonds blancs, s'étant révélés
sableux, les fonds gris avoisinants correspondant à
des argiles pélagiques et une tache noire au pied du
talus continental provenant d'un slump dans lequel le carottier
pénétra facilement. La tache blanche a depuis
lors fait l'objet de nombreuses campagnes et études
(Unterseh 1999, Zaragosi 2001).
La capacité de l'imagerie SMF EM12 pour caractériser
la variabilité des fonds est bien illustrée
par la mosaïque d'un haut fond du nord de l'Océan
Indien, sur laquelle s'observent des zones sombres, des zones
grises et des zones blanches, avec un plateau situé
à 500 mètres de profondeur encerclé par
un talus abrupt, lui-même incisé par des canyons
responsables du transit des sédiments du plateau jusqu'aux
fonds de 3500 mètres. Cette mosaïque très
riche en information demeure toutefois insuffisante pour réaliser
une carte des sédiments sans l'apport de prélèvements
et d'études complémentaires approfondies.
Apport de l'imagerie SMF pour la cartographie
des sédiments : exemple d'un haut fond du nord de l'Océan
Indien (Mosaïque SMF)
Les limites de l'imagerie
acoustique des SMF sont les suivantes :
1. La profondeur d'investigation de l'onde sonore à
l'intérieur des couches sédimentaires est
mal contrainte.
2. La réflectivité est la somme de l'effet
de pente et de la nature du fond.
Pour ces deux raisons, toute mosaïque segmentée
obtenue doit être validée par un opérateur
géologue qui à l'aide de connaissances acquises
par ailleurs (prélèvements, système
de classification des fonds, photographies sous marines,
profils sismiques,...) transcrira l'imagerie obtenue en
carte de structures sédimentaires intégrable
dans la BDSS et utilisable pour la réalisation d'une
carte sédimentaire telle que les cartes G.
Il est à noter qu'une décorrélation
entre le sédiment de surface et le niveau de réflectivité
observé sur l'imagerie SMF, provient parfois de la
pénétration du signal qui peut excéder,
pour les SMF basse fréquence, des épaisseurs
de 20 mètres dans les sédiments fins.
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La sismique
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Présentation
Les principes de la sismique sont globalement les mêmes
que l'on soit en domaine terrestre ou en domaine marin. La
sismique est basée sur le principe de la propagation
d'ondes acoustiques basse fréquence dans un milieu
continu et élastique. Les vitesses de propagation dépendent
des propriétés d'élasticité des
couches traversées et de leur densité ainsi
que des conditions du milieu (pression, température,
). A partir de la mesure du temps de propagation des
ondes dans le sous-sol et du signal retour obtenu, on déduit
les propriétés et les épaisseurs des
couches traversées. La prospection sismique mise en
oeuvre par le SHOM concerne l'étude des ondes réfléchies
par le sous-sol : sismique réflexion.
L'énergie émise est égale au produit
de la puissance par la durée de l'impulsion; le choix
d'une longue impulsion permet de conserver de faibles puissances
d'émission afin d'éviter les phénomènes
de cavitation et de conserver assez d'énergie pour
obtenir un signal suffisant. Pour compenser l'importance de
la longueur de l'impulsion, les sondeurs de sédiments
sont fréquemment munis de corrélateurs permettant
de moduler le signal de réception en fonction du signal
émis. Les pics de corrélation, tracés
ou reportés sur écran, permettent d'obtenir
la qualité nécessaire pour l'analyse sédimentologique;
en contre partie la corrélation efface dans le signal
l'information sur les propriétés acoustiques
du sous-sol marin. Le système de sismique a un impact
important sur la donnée obtenue. Celle-ci sera ainsi
très variable selon l'évolution des techniques,
mais aussi d'une étude à l'autre et d'un organisme
à l'autre ; il est donc nécessaire d'effectuer
une normalisation avant intégration dans la BDSS.
La sismique mise en oeuvre au SHOM
Si le milieu n'est pas homogène,
ce qui est pratiquement toujours le cas dans les sédiments,
il y a atténuation de la propagation par absorption.
Le coefficient d'absorption
(en décibels) est proportionnel à l'énergie
perdue en une longueur d'onde
.
Les ondes à hautes fréquences sont atténuées
plus rapidement que les ondes basses fréquences qui
pénétreront donc plus loin dans les couches
sédimentaires. Il existe plusieurs sortes de mesures
sismiques qui seront utilisées selon la résolution
et la profondeur recherchée qui sont inversement proportionnels.
Par exemple, la recherche de couches profondes pouvant contenir
des hydrocarbures fera appel à des fréquences
de quelques dizaines de Hertz, permettant d'explorer de grandes
profondeurs mais avec une très faible résolution.
Les applications concernant le SHOM (enfouissement de bombes
et d'épaves, détection sonar,
) s'intéressent
au contraire à de faibles épaisseurs (quelques
mètres à quelques dizaines de mètres)
et une très haute résolution ; cela impose l'usage
de systèmes de sismique ayant des fréquences
proche du kilohertz.
Le sondeur de sédiments et les données sismiques
servent pour les études sédimentologiques et
pour la cartographie sédimentaire. Parallèlement
à cette approche naturaliste, des études sur
la modélisation du signal des sondeurs de sédiments
ont été réalisées, puis a été
mis en place un programme d'études pour caractériser
les propriétés acoustiques du sous-sol marin
à partir des données sondeur de sédiments
du SHOM
La sismique apporte des réponses aux besoins :
- de caractérisation du sous-sol marin et de détection
des réflecteurs à des fins de modélisation
3D,
- de définition de la profondeur maximum d'enfouissement,
- de caractérisation de l'atténuation et de
la célérité des couches sédimentaires,
- de détection des environnements sédimentaires
contenant du gaz,
- de l'étude des avalanches sous-marines pour la cartographie
des épandages profonds à forte réflectivité
et la prévention des tsunamis,
- de délimitations des plateaux continentaux (projet
EXTRAPLAC),
- de détermination des points de carottage.
Le SHOM utilise deux systèmes de sismique réflexion
les sondeurs 3,5 kHz et le SBP120.
Impact du système de sismique sur la donnée
obtenue : Profil aux abords des Pertuis charentais effectué
avec 3 systèmes différents (a : Sondeur de sédiments
du BH2 Lapérouse (1996) Chirp centré
sur 3,5 kHz ; b : Sparker de 50 joules - Chirp 0,2 à
1,2 kHz ; c : Boomer IKB Seistec - Chirp 1 à 10 kHz)
Sondeur à 3,5 kHz :
Il s'agit pour le SHOM de sondeurs de coque à 9 transducteurs
TR109 (angle total à -3 dB de 40°) ; le faisceau
d'émission en incidence normale a une puissance maximale
de 500 Watts, une impulsion longue (>25 ms) et une modulation
linéaire de fréquence (chirp) entre 2,5 et
4.5 kHz, avec une corrélation à la réception.
Ce sondeur de sédiments équipe les bâtiments
de type BH2 : Lapérouse et Borda. La vitesse optimale
d'acquisition est de 6 nuds. Un tel dispositif émetteur-récepteur
est préférentiellement utilisé par
le SHOM car il fonctionne des petits fonds jusqu'aux plus
grands fonds, et sa mise en uvre ainsi que le dépouillement
de ses données sont relativement aisés. Les
profondeurs maximales de sédiments explorés
à l'aide de ces systèmes sont de l'ordre de
70 m pour les sédiments fins (argiles pélagiques
de la ride des Açores) et de 10 m pour les sables
(Banc d'Armen). La pénétration de ces ondes
dans les sédiments plus grossiers et pratiquement
inexistante. Le sondeur de sédiments offre un bon
compromis pour nos applications nécessitant une profondeur
d'exploration pluridécamétrique et une bonne
résolution verticale, puisque cette dernière
est inférieure au mètre.
SBP120 :
Le sondeur de sédiments SBP120 équipe le bâtiment
hydrographique et océanographique Beautemps Beaupré.
Ce système de sismique et le sondeur multifaisceaux
associé (EM120) sont situés dans une gondole
placée sous la coque du navire pour minimiser les
interférences permettant ainsi d'avoir des données
d'excellente qualité.
Vue de la gondole en cours de construction
Les antennes d'émission (3 X 32 transducteurs) et de
réception (64 transducteurs) mesurent plus de 7 mètres
de long et sont perpendiculaires, le nombre de transducteurs
utilisés ainsi que la puissance d'émission peuvent
être modulés.
C'est une sismique THR (Très Haute Résolution)
avec un signal émis en modulations linéaires
de fréquence (chirp) pour une fréquence comprise
entre 2,5 et 7 kHz avec une puissance d'émission d'environ
220 décibels. La résolution théorique
est de 16 cm. Elle est le plus souvent meilleure que 35 cm
pour des pénétrations pouvant atteindre 100
mètres même dans des sédiments indurés.
La géométrie des faisceaux du sondeur de sédiments
peut être réglée pour réaliser
de la sismique THR multifaisceaux.
Exemples de données de sismique
THR SBP120 avec modification de la géométrie
des faisceaux d'émission
Les longues antennes assurent une forte
directivité du signal, une bonne résolution
horizontale et une pénétration importante
grâce au fort niveau d'émission. La relativement
large bande fréquentielle permet d'avoir une bonne
résolution verticale.
Exemples de données de sismique acquis
par le SHOM
- Modélisation 3D des sédiments
superficiels
La chronologie des évènements
géologiques, la répartition et l'épaisseur
des sédiments déposés, sont déterminés
à l'aide de la sismique très haute résolution
(exemple des profils au large de la Sicile). Ces données
servent aux recherches en sédimentologie, réalisées,
pour le compte du SHOM, par des laboratoires universitaires.
Elles servent également à la réalisation
de modèles sédimentaires numériques
3D destinés à répondre aux besoins
civils et militaires aussi variés que la détection
des mines, la propagation acoustique, la pose d'infrastructures
(câbles, pipe-line, éoliennes,
), la
modélisation (transits sédimentaires, dunes,
), la cartographie des sédiments.

Zone de roche (à gauche) et succession de couches
de sédiments (à droite) sur les abords orientaux
de la Sicile (campagne GOA - 2007)
Successions de dépôts sédimentaires
séparés par des épisodes érosifs
marqués (GOA 2007) abords de la Sicile.
- Détection de la présence
de gaz dans les sédiments superficiels
Dans le cas de sédiments saturés
en gaz, le sédiment a beau être très
fin et donc absorbant, les ondes acoustiques vont être
entièrement réfléchie. Cela engendre
des pockmarks lorsque le sédiment est évacué
en surface ou des zones sourdes lorsque le gaz est piégé
sous quelques mètres de sédiments. Ce
phénomène est très fréquent
dans toutes les régions et nous l'avons rencontré
au large de toutes les côtes françaises
et étrangères.
Accumulation de gaz visibles sur les
profils SBP120 et dans la carotte sédimentaire
réalisée lors de la campagne effectuée
par le GOA en 2005 au large de Port Gentil (Gabon).
- Détermination
de points de carottage
Détermination d'un point de carottage grâce
au SBP120. Le premier réflecteur interne (image
en haut à droite)
correspond aux sédiments plus grossiers situés
à la base de la première section de
la carotte (image de gauche).
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Caractéristiques géoacoustiques
des fonds marins
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Présentation
L'investigation sédimentologique des fonds
marins a considérablement progressé
ces dernières années, sans que cela
soit pris en compte dans les sciences connexes telle
que la géoacoustique. Contrairement aux théories
des années 60, les propriétés
acoustiques des sédiments montrent qu'il n'existe
pas de loi universelle reliant la granulométrie
d'un sédiment à des valeurs de célérité
et densité. Par contre régionalement
de telles lois existent. Cela est essentiellement
dû au fait que les sables d'une plage méditerranéenne
n'ont pas les mêmes propriétés
que ceux d'une turbidite de l'Atlantique ou d'un sédiment
issu de la mousson en Océan Indien, même
si ces sédiments ont le même grain moyen
ou la même porosité. Les sources de différences
entre divers environnements sont multiples: l'usure
des grains, la cohésion, la nature des minéraux
lourds, la présence de coquilles, de carbone
organique, voire de gaz (pockmarks, zones sourdes).
Par l'usage des systèmes acoustiques, il est
maintenant possible au sédimentologue d'avoir
accès aux mégarides, pockmarks, blocs
erratiques, champs d'algues, zones sourdes, volcans
de boue, variations de nature de fond, empreintes
tectoniques et anthropiques,
Mais pour arriver
à une telle détermination il est nécessaire
de recourir à une multitude de systèmes
ayant des propriétés d'émission
très variables. Chaque étude couplant
les données acoustiques aux données
sédimentaires ajoute un niveau d'exigence,
engendrant une plus grande complexité des systèmes
à mettre en uvre et un plus grand besoin
d'expertise. De ce fait, plus les études sur
la télédétection des propriétés
géoacoustiques du sol et sous-sol marin progressent,
et plus il est nécessaire de faire appel à
des études fines des sédiments et de
leurs caractéristiques.
L'amélioration des produits fournis dans ce
domaine passe par une classification des sédiments
ne prenant pas seulement en compte les paramètres
centraux de la granulométrie, mais également
le mode de dépôt et les particularités
régionales ou locales. La nature du fluide
interstitiel et la forme des particules, difficilement
accessibles, sont données indirectement par
la densité et la porosité.
La sédimentologie a donc largement progressé
grâce aux systèmes acoustiques, mais
la réciproque ne semble pas effective. Les
propriétés acoustiques des fonds marins
ont une influence majeure sur les prédictions
de portée des sonars, l'utilisation de ces
derniers nécessite donc de disposer de modèles
géoacoustiques du fond qui rendent compte de
la complexité du terrain. Deux méthodes
sont possibles: l'une s'appuie sur l'approche naturaliste
et l'analyse des données terrain, ensuite transformées
en modèle acoustique, l'autre consiste en l'évaluation
des paramètres géoacoustiques par l'analyse
directe de signaux acoustiques. Cette seconde approche
recherche un milieu équivalent qui fournirait
les mêmes signaux acoustiques en propagation
que ce qui est observé en réception
sur le sonar. Préférée par les
physiciens cette dernière nécessite
des données de calage pour pouvoir obtenir
des résultats satisfaisants, la réalisation
de carottages va ainsi croissante pour améliorer
la modalisation acoustique du fond marin.
La modélisation géoacoustique
Le premier objectif n'est pas de rechercher de nouveaux
systèmes de mesures ou d'automatiser les méthodes
de traitement, mais bien d'atteindre le stade de fusion
des données afin de pouvoir réaliser
une caractérisation des couches sédimentaires,
qualifiée et complète en terme de paramètres
descriptifs servant en entrée des futurs modèles
3D du fond marin. Pour calculer les coefficients de
réflexion et la propagation acoustique dans
le milieu marin, il est nécessaire de réaliser
des modèles géoacoustiques qui reposent
sur les caractéristiques physiques de l'eau
et des sédiments. A cet effet, un simulateur
a été créé afin d'évaluer
quel pouvait être l'impact d'une variation sédimentaire
sur les modèles acoustiques. Une telle approche
est par essence limitée puisque les modèles
géoacoustiques réduisent le plus souvent
la traduction du sédiment à sa plus
simple expression (grain moyen ou porosité).
Le simulateur permet toutefois d'apprécier
l'impact des modifications des paramètres d'entrée
des modèles géoacoustiques sur les modèles
de propagation (signal réverbéré
et réfléchi). Cet outil permet d'étudier
les performances des systèmes d'acquisition
acoustique utilisés par les sédimentologues
ainsi que les pertes en réflexion et l'impact
des sédiments sur les données sonars
obtenues par les acousticiens et les sonaristes, le
simulateur couvre ainsi une large gamme de fréquence
et d'angles d'émission.
L'analyse de différents paramètres a
été menée. Elle a par exemple
permis par exemple d'évaluer l' impact de la
variation de profondeur d'une couche de sables fins
dans un milieu argileux sur la réflexion pour
différents angles d'incidence

Visualisation des paramètres acoustiques (célérité,
atténuation, densité,
) et de
leurs écarts par rapport aux mesures in situ
Résultats de la modélisation
des pertes en réflexion selon la rasance et
la fréquence pour un environnement sédimentaire
donné.
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