| Océanographie / Marée |
7-01-2009 | ||||||||||||||||||||||
Actuellement, on peut dire seulement que le niveau global des mers est probablement en train de monter, mais on ne sait pas avec précision de combien, ni si cette montée est en train de s'accélérer. En attendant des mesures plus nombreuses et plus précises, l'analyse des causes possibles peut fournir une aide précieuse pour comprendre le phénomène et éventuellement tenter de prévoir son évolution. L'origine de l'augmentation du niveau des mers est généralement attribuée au réchauffement climatique dû à l'effet de serre dont le principal agent est le gaz carbonique atmosphérique. Les faits sont les suivants:
Cet échauffement a une influence sur le niveau des mers par l'intermédiaire de divers processus. Le volume d'eau stocké dans les glaciers de montagne représente l'équivalent de 30 à 50 cm du niveau de la mer. Sa contribution à l'élévation a été de 1 à 4 cm au cours du siècle passé. Elle pourrait atteindre une dizaine de centimètres au cours du prochain siècle. Le volume d'eau stocké dans les glaces polaires représente environ l'équivalent de 80 m du niveau de la mer. Son comportement face à l'effet de serre est l'un des plus controversés ; mais depuis les scénarios catastrophe avancés dans les années 80 et largement diffusés par la presse, les estimations sont régulièrement revues à la baisse. La possibilité d'une désintégration de la calotte Antarctique de l'ouest, qui a alimenté cette polémique, n'est plus guère attendue avant plusieurs siècles. Il semble au contraire établi que la calotte glaciaire Antarctique ait tendance à s'engraisser. Elle est en effet généralement soumise été comme hiver à des températures largement négatives et un léger réchauffement de l'atmosphère ne permettrait pas de provoquer une fonte des glaces significative. Au contraire, un accroissement de la température provoquerait un accroissement de l'humidité entraînant des chutes de neige plus abondantes et donc un stockage d'eau au détriment des océans. La calotte glaciaire du Groenland renferme quant à elle l'équivalent de 7 m d'eau à l'échelle des océans. Elle est beaucoup moins froide qu'en Antarctique, et malgré quelques facteurs stabilisants, devrait présenter une contribution positive à l'évolution du niveau des mers. Néanmoins, le bilan des contributions Antarctique-Groenland semble devoir être légèrement négatif. L'échauffement de l'atmosphère se transmet à l'océan par divers processus physiques tels que le rayonnement, la conduction, la diffusion d'eau de précipitation ou de ruissellement. Un accroissement de 1°C de la température d'une colonne d'eau de mer à 15°C de 1000 m d'épaisseur entraînerait une augmentation de niveau de 16 cm. Mais l'échauffement homogène d'une telle couche d'eau n'est pas réaliste. La diffusion vers les couches profondes de l'échauffement de surface est un processus très complexe qui doit être intégré dans le cadre plus vaste de la circulation océanique à l'échelle de l'Océan mondial. Elle pourrait par exemple prendre la forme d'une moindre production d'eaux profondes froides d'origine circumpolaire. La contribution de ce phénomène à l'élévation du niveau des mers au cours du siècle passé est estimée à 4#±2 cm. Elle pourrait être d'une quinzaine de centimètres dans les 50 années à venir. Les mouvements du sol sont d'origine isostatique, tectonique ou anthropique. Ils sont évidents à l'échelle de plusieurs milliers d'années durant lesquelles les cycles de glaciation et déglaciation entraînent aux latitudes élevées, des mouvements verticaux dus à la charge des glaces accumulées, pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres. Encore aujourd'hui, le " rebond élastique " consécutif à la dernière déglaciation qui s'est terminée il y a 7000 ans se fait sentir de manière très sensible. Ainsi, dans le golfe de Bothnie, le niveau apparent de la mer baisse d'un mètre par siècle. L'analyse des niveaux moyens semble montrer un basculement autour d'un pivot passant par l'Écosse et le sud de la Scandinavie. La France subirait de ce fait une subsidence (1) qui serait le contrecoup de ce rebond élastique. À une échelle plus locale, une étude du Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM) semble montrer que des comparaisons de nivellements faits à des époques différentes mettent en évidence des mouvements verticaux d'origine tectonique. L'activité humaine peut également avoir localement une influence très importante. C'est le cas par exemple dans le Golfe du Mexique en raison de l'exploitation des champs pétroliers qui provoque une subsidence. Dans le delta du Mississippi, le problème est aggravé par l'exploitation des nappes aquifères et le compactage des sédiments du fleuve. Ces mouvements de la croûte terrestre ne sont pas actuellement connus avec précision, mais la situation devrait notablement s'améliorer dans les années à venir grâce aux techniques spatiales.
Si l'élévation du niveau des mers est réellement due à l'élévation de la température de l'atmosphère, toute tentative de prévision doit nécessairement être précédée d'une modélisation de l'évolution climatique. Or dès ce stade, des incertitudes importantes apparaissent dont l'une des principales est l'estimation des émissions futures des gaz à effet de serre. Il apparaît également que l'effort de modélisation doit être renforcé, car les modèles actuels ne rendent pas compte parfaitement des évolutions passées. En effet, rien ne permet de dire que l'échauffement observé est le début de l'effet de serre, prédit par les modèles. L'échauffement de l'atmosphère depuis le début du siècle est conforme à la variabilité naturelle du climat. De plus, les modèles prévoient un certain réchauffement des pôles, qui n'est absolument pas constaté. Au contraire, certaines régions circumpolaires se refroidissent. En fait, les prévisions d'une montée globale du niveau de la mer varient en fonction de la date de leur publication. Si on se base sur les prévisions pour l'année 2100, depuis les scénarios catastrophiques du début des années 80, où certaines publications faisaient état d'une augmentation globale de 3,5 m, on assiste à une régulière révision à la baisse des estimations. Paradoxalement, on a pu constater, au début des années 90, une augmentation relative de l'incertitude (écarts entre prévisions hautes et prévisions basses) ; mais il semble que l'on s'achemine actuellement vers un resserrement des écarts des estimations au voisinage d'une augmentation de niveau d'une cinquantaine de centimètres à l'horizon 2100.
Mais gardons nous d'une vue simpliste, car la côte n'est pas passive face à l'élévation du niveau de la mer. Les végétations des marais maritimes et des mangroves favorisant le taux d'accrétion sédimentaire peuvent, localement, compenser cette évolution. Les changements climatiques peuvent modifier le régime des fleuves et le bilan sédimentaire littoral. Celui-ci est par ailleurs souvent gravement affecté par l'effet de piégeage des barrages et des travaux de régulation sur les fleuves. De même, la cause du recul des plages souvent constaté réside essentiellement dans un déficit sédimentaire dont l'origine est parfois naturelle, mais surtout et trop souvent anthropique : évitons de mettre sur le compte de l'élévation passée les conséquences de constructions hasardeuses ou d'extractions inconsidérées. Il est néanmoins hors de question de vouloir minimiser le problème. Il existe réellement et il est grave. Les marges d'incertitude sur l'évolution future du phénomène sont si importantes qu'il serait éventuellement possible de douter de sa réalité. Avant d'agir, on pourrait attendre le moment où l'on aura acquis une certitude, mais le moment venu, il risque d'être un peu tard et des mesures tardives coûteront probablement beaucoup plus cher que des mesures prises à temps. (1) lent mouvement d'affaissement d'une partie de l'écorce terrestre sous le poids des dépôts sédimentaires et sous l'action de déformations. Bernard Simon
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