La marée n'est pas la seule cause
des variations du niveau de la mer
La variation
du niveau de la mer ne se limite pas à la marée.
Les mers et les océans sont en permanence soumis à
des forces diverse périodiques ou aléatoires.
Les effets de la météorologie sur le niveau
de la mer sont loin d'être négligeables. L'atmosphère
et la mer sont deux milieux en interaction permanente.
La réponse des océans à
l'action de l'atmosphère est diverse. Cela va du simple
clapot au train de houles résiduelles qui arrivent
sur nos côtes. Ces ondes de faible période (2
à 20 secondes) sont générées par
les vents qui soufflent en surface. Les hommes se sont relativement
bien prémunis contre ces effets en protégeant
les ports et en construisant des jetées.
Les tempêtes provoquent aussi des surcotes
qui sont quelquefois lourdes de conséquences
sur les hommes et leur environnement. Les Pays Bas et la Grande
Bretagne se sont dotés d'un réseau de surveillance
le long de leurs côtes après les inondations
majeures qui eurent lieu en 1953. En France, les habitants
du littoral Atlantique et de La Manche se souviennent encore
de l'ouragan qui s'abattit le long des côtes dans la
nuit du 15 au 16 octobre 1987. On a observé cette nuit-là
des surcotes allant jusqu'à 2,5 m (1,6 m à Brest)
: heureusement la tempête a eu lieu en période
de morte eau et donc de faible marnage.
Marégramme enregistré le
16 octobre 1987 à Brest
(voir figure)
Ces effets de surcotes sont en général
liés aux dépressions atmosphériques.
Mais les surcotes sont quelquefois (très rarement le
long de nos côtes) dues aux tremblements de terre qui
secouent le fond des océans. L'onde créée
se propage et provoque ce que l'on appelle communément
des tsunamis. Ces phénomènes sont imprévisibles
et ne sont que peu ou pas observés en Atlantique alors
que dans le Pacifique, les tsunamis sont plus fréquents.
Un réseau d'alerte, centralisé par l'Université
de Hawaii, a été mis en place dans le Pacifique
pour tenter de détecter et suivre l'évolution
d'un tel événement.
Les surcotes-décotes, la houle, les
tsunamis... sont à effet quasi-immédiat, mais
il est des changements qu'on ne peut percevoir qu'après
une longue durée d'observation. C'est le cas de l'évolution
du niveau moyen des océans (en collaboration avec
le Permanent
Service for Mean Sea Level, PSMSL). Il a souvent été
entendu ou lu que le niveau moyen des océans montait
de façon sensible depuis quelques décennies
(1 à 2 mm par an). On explique généralement
et contradictoirement cette élévation soit par
l'effet de serre qui serait causé par l'activité
industrielle accrue depuis la fin du 19ème siècle,
soit par une variation normale du climat, soit encore par
les mouvements de la croûte terrestre.
L'étude des variations du niveau de
la mer, la description de ces phénomènes, même
statistiques, est essentielle.
Les surcotes et les décotes
Les surcotes et décotes sont
les différences entre la marée prédite
et la hauteur d'eau observée. Les surcotes sont des
différences positives (plus d'eau que prévu),
les décotes des différence négatives
(moins d'eau que prévu). Les décotes et surcotes
sont causées essentiellement par la météorologie,
une dépression provoquant un effet de surcote et un
anticyclone provoquant un effet de décote.
Il est aujourd'hui possible de déterminer les périodes
de retour et les probabilités d'observation de
ces niveaux exceptionnels. Ces données statistiques
permettent de déterminer la cote des plus hautes
mers et indirectement la limite des domaines terrestre et
maritime.
La période de retour est la période
pour laquelle on a observé en moyenne une fois la
hauteur d'eau donnée sur une longue durée
de mesures.
La probabilité d'observation des surcotes
est la probabilité d'observer une hauteur supérieure
à la surcote (par exemple, une chance sur 100 d'avoir
une surcote supérieure à 50 cm à Brest).
On a vérifié, hors zone d'estuaire, que la
probabilité d'observation des surcotes est indépendante
des hauteurs d'eau prédites.
La probabilité d'observation portant sur les
hauteurs d'eau est la probabilité d'observer
une hauteur de Pleine Mer, supérieure à une
valeur donnée (par exemple, une chance sur 100 d'observer
une hauteur supérieure à 7,8 m à Brest).
La probabilité d'observer une Pleine mer supérieure
à une valeur donnée est la combinaison de
la probabilité d'avoir une hauteur d'eau prédite
(marée) et de la probabilité d'observer une
surcote donnée. Cette combinaison est le résultat,
non pas d'une simple sommation de ces deux probabilités,
mais du calcul d'un produit de convolution.
Extrait du rapport sur la statistique des niveaux extrêmes
le long des côtes de France
Les résultats de ces études sont statistiques
et sont d'autant mieux estimés que la durée
d'observation est longue. Certains événements
exceptionnels tels que l'ouragan d'octobre 1987 échappent
aux statistiques. La surcote de 1,6 m observée à
Brest cette nuit du 16 octobre1987 en est un exemple probant.
Elle dépasse de plus de 50 cm la surcote plausible
tous les 100 ans. La situation de morte-eau (faible marnage)
qui régnait ce jour-là a limité son impact
mais une situation similaire pour un coefficient de 115 à
Brest et une pleine mer prédite de 7,5 m aurait provoqué
une pleine mer d'environ 9,1 m (référencée
au zéro hydrographique) soit plus de 80 cm du niveau
probable tous les 100 ans. La violence de cette tempête
était un événement d'une ampleur qui
fut, malgré le choc émotionnel ressenti et relayé
par la presse, totalement sous-estimée.
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