| Océanographie / Marée |
20-09-2006 | ||||||||||||||||||||||||||||
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Etat de l'art |
Les composantes de la marée sont d'autant mieux connues que l'analyse porte sur des observations continues qui couvrent une longue durée. L'idéal est d'avoir une série de 19 ans de mesures pour tenir compte de la modulation à longue période des composantes de la marée. Un an d'observation continue est considéré comme l'intervalle minimum pour obtenir des résultats suffisamment précis pour les besoins de la prédiction de marée à l'usage des navigateurs. On distingue ainsi :
Le recours à la méthode de concordance avec un port de référence voisin, où le zéro hydrographique est correctement défini, est de ce fait indispensable. La concordance porte sur les basses mers mesurées dans les deux ports. Le zéro hydrographique du port secondaire est alors choisi de sorte que la droite de régression calculée par la méthode des moindres carrés passe par l'origine des coordonnées du port de référence. Ce zéro est ensuite coté par rapport à des repères matériels comme dans le port de référence.
La plupart des zéros hydrographiques ont été établis dans le passé, à des dates différentes d'un port à l'autre, suivant les besoins de la navigation et avec les moyens disponibles au moment de la réalisation. Aussi, les hydrographes français, soucieux de la sécurité des navigateurs, et peut-être un peu méfiants des méthodes qu'ils appliquaient et/ou de leurs propres résultats, ont souvent pris une marge de sécurité et ont coté le zéro hydrographique en dessous des plus basses mers qu'ils avaient calculées. Par ailleurs, il convient de se rappeler que le niveau moyen de la mer varie dans l'espace et à long terme dans le temps. Certes les séries temporelles de moyennes annuelles montrent une variabilité moindre que les séries mensuelles sur une dizaine ou une vingtaine d'années, de l'ordre du décimètre, mais à plus long terme il n'est pas rare d'observer des variations de quelques décimètres.
Quelle que soit l'origine d'une réalisation imparfaite
du zéro hydrographique, évolution du niveau
moyen de la mer, mauvais choix de l'hydrographe, ou changement
de régime des marées, celle-ci est maintenue
sauf cas très exceptionnel où l'écart
avec la définition théorique devient inacceptable,
soit parce qu'il atteint à la sécurité
des navigateurs, soit parce qu'il devient une entrave pour
le commerce maritime. Les exemples récents de Saint-Nazaire
et de Brest illustrent ces cas exceptionnels [SHOM, 1994].
Les navires hydro-océanographiques mesurent les profondeurs à l'aide de sondeurs acoustiques. Les mesures sont des mesures de temps de propagation aller-retour de l'onde sonore. Elles sont traduites en distance entre le sondeur et la topographie sous-marine en tenant compte, si possible, des variations de la célérité du son dans la colonne d'eau traversée par le faisceau, de l'inclinaison du faisceau et de l'attitude du bateau (roulis, tangage). Cette distance peut être rapportée au niveau instantané de la mer à l'instant de mesure en appliquant une correction de tirant d'eau, dite dynamique lorsque les variations de charge et l'accroupissement du navire (effets de vitesse) sont pris en compte.
Les sondes portées sur les cartes marines ne sont cependant pas ramenées au niveau instantané de la mer pour des raisons évidentes : ce niveau varie avec le temps. Le navigateur ne pourrait pas exploiter directement l'information de la carte. Aussi, la mesure de profondeur est décomposée en deux parties ramenées à un niveau de référence plus stable, le zéro hydrographique. La partie fixe correspond à la sonde inscrite sur les cartes marines et la partie variable représente la hauteur d'eau à un instant donné par rapport au zéro hydrographique. Cette hauteur dépend en premier lieu de la marée. Plus rigoureusement, elle dépend aussi des effets météorologiques et climatiques. Un navigateur muni d'une carte marine et d'un annuaire de marée est donc en principe capable d'estimer la hauteur de la colonne d'eau présente sous son navire aux effets météo près.
2.2. Réduction par marée observée
La hauteur d'eau mesurée en un port de référence s'exprime par rapport au zéro hydrographique, adopté et fixé par rapport à des repères matériels à une époque donnée. Nous pouvons distinguer dans cette hauteur les contributions de la marée et des effets météorologiques.
La marée dépend de la date et du lieu. Toutefois, une simplification géographique est possible : à un instant donné, la marée est supposée identique sur une zone donnée, appelée zone élémentaire de marée, d'étendue assez variable, laissée à l'appréciation du Directeur de la mission hydrographique. Cette hypothèse de travail en bathymétrie comprend implicitement les effets météorologiques. De plus, on suppose que la surface moyenne de la mer ne présente pas de pente. Les éventuels effets stériques différentiels, courants géostrophiques, ondulations du géoïde, upwellings, sont ignorés. Cette simplification est très raisonnable dans la zone élémentaire de marée. Ainsi, les relevés bathymétriques réalisés à proximité d'un port de référence sont réduits au zéro hydrographique en retranchant aux sondes les hauteurs d'eau observées au marégraphe du port de référence et en appliquant des corrections de tirant d'eau dynamique.
Dès lors que l'hypothèse de base est remise en question dans une zone côtière de relevé bathymétrique, un travail préalable important consiste :
2.3. Réduction par modèle harmonique
Le mode opératoire décrit ci-dessus est parfois appliqué au large, à ceci près que l'on utilise des marégraphes immergés et qu'il n'est bien entendu pas possible de poser des repères de marée. L'accès ultérieur à cette référence de réduction des sondages est par conséquent difficile.
Hors des zones élémentaires de marée et loin des points de mesure, le processus de réduction des sondes passe par l'utilisation d'un modèle de marée. Celui-ci comprend les constantes harmoniques des composantes de la marée en un certain nombre de points. Lorsque le point coïncide avec un port de référence ou un observatoire temporaire, les valeurs des constantes sont identiques (elles ont servi en pratique à caler le modèle). Plus généralement, les constantes harmoniques de la marée sont obtenues en tout point par interpolation entre les points où elles sont connues. Elles permettent de prédire les hauteurs d'eau aux points de relevé bathymétrique.
La correction des sondages est ensuite affinée par le report des effets météorologiques et de l'écart entre le zéro hydrographique et le niveau des plus basses mers théoriques. Ces quantités sont estimées au port le plus proche de la zone d'intérêt. L'écart entre la marée prédite et la marée observée par le marégraphe est attribué aux effets météorologiques.
Il n'est pas rare d'observer des écarts de vingt
centimètres entre deux campagnes de bathymétrie
sur une même zone. De nombreuses sources d'incertitude
affectent la correction de hauteur d'eau : outre les défauts
du modèle de marée, des erreurs systématiques
peuvent venir des quantités estimées au port
et qui sont reportées au lieu de sondage. Tant que
le sondeur bathymétrique se trouve à proximité
d'un port de référence, près de la
côte, cette approche donne de bons résultats.
Mais dès que la distance avec le port de référence
augmente, les sources d'incertitude augmentent aussi. D'une
part, les effets météorologiques ne sont plus
vraiment identiques. D'autre part, le niveau moyen de la
mer peut être différent d'une période
de sondage à l'autre (effets saisonniers, climatiques,
hydrodynamiques... cf. figure 1).
Utilisation des techniques spatiales |
L'application de la nouvelle approche à la bathymétrie s'affranchit des problèmes de mouillage de marégraphe et des erreurs systématiques liées aux méthodes de transfert des effets météorologiques et des écarts entre zéro hydrographique et niveau des plus basses mers. Elle s'affranchit aussi de certains effets dynamiques du navire hydro-océanographique, sources additionnelles d'erreur systématique dans la réduction des sondes (cf. les essais en rade de Brest).
Pour des raisons purement technologiques, liées aux limites actuelles de l'altimétrie spatiale, la nouvelle approche distingue deux cas de figure suivant que l'on se trouve près de la côte ou pas. En effet, les altimètres radars sont mis en veille ou changent de mode à l'approche de la limite entre la mer et le continent. Le résultat est l'absence de mesures sur une bande côtière d'une dizaine, voire une vingtaine de kilomètres. Notons que toutes nos figures confondent la réalisation du zéro hydrographique avec le niveau des plus basses mers pour ne pas surcharger le dessin.
1.1. Près de la côte
L'approche près de la côte est illustrée
dans la figure 2. Elle consiste à déterminer
la position des repères de marée où
le zéro hydrographique est défini en utilisant
par exemple le GPS en mode géodésique, voire
en mode cinématique. La hauteur ellipsoïdale
du zéro hydrographique est ainsi obtenue avec une
précision centimétrique dans le référentiel
terrestre souhaité, par rapport à l'ellipsoïde
choisi.
L'approche pour réaliser le zéro hydrographique en mer, près de la côte, repose toujours sur la méthode de concordance et ses hypothèses. Les essais menés en rade de Brest montrent que le GPS remplace avec succès l'utilisation d'un marégraphe temporaire dans la zone de sondage bathymétrique.
Le zéro hydrographique est déterminé au port ou en mer indépendamment des relevés bathymétriques. Les résultats se présenteront a priori sous forme d'un maillage de points, matériels ou pas, où le zéro hydrographique sera exprimé et fixé par rapport à l'ellipsoïde. L'exploitation pour la réduction des sondages est décrite ci-après dans la section 2. Elle est commune à l'approche côtière ou au large, indépendante donc de la détermination du zéro hydrographique.
1.2. Au large
L'idée pour déterminer et fixer le zéro hydrographique par rapport à l'ellipsoïde d'un référentiel terrestre est de passer par la surface moyenne de la mer, connaissant par modèle de marée la relation entre le niveau des plus basses mers et le niveau moyen de la mer. Aujourd'hui, de nombreuses équipes dans le monde proposent de telles surfaces dérivées de l'exploitation des observations d'altimétrie spatiale. Le SHOM s'investit aussi dans l'étude de ces surfaces. Or, les observations d'altimétrie spatiale sont par construction exprimées par rapport à l'ellipsoïde d'un système de référence terrestre mondial, conséquence des techniques d'orbitographie du satellite.
La figure 3 décrit comment à partir d'une telle surface moyenne de la mer nous pouvons déterminer la surface du zéro hydrographique, plus précisément le niveau des plus basses mers astronomiques. Il vient la relation suivante, donnant la hauteur ellipsoïdale du zéro hydrographique en tout point de la mer :
C'est le modèle de marée qui permet de passer du niveau moyen de la mer au niveau des plus basses mers (grandeur Z). Il convient à ce stade de noter que, suivant le type de modèle utilisé, la relation est établie avec le géoïde ou avec le niveau moyen de la mer selon que le modèle inclut des facteurs hydrodynamiques ou pas. Mais l'approche reste valable et le choix final de la surface intermédiaire pour arriver à notre fin est encore à étudier à la lumière des performances de chacune des options et des avantages que l'on pourrait en tirer pour la réduction des sondages bathymétriques. Rappelons toutefois que l'écart entre le géoïde et la surface de la mer provient principalement des effets dynamiques des courants marins, mais aussi des effets stériques dus à la température et à la salinité de l'eau.
L'objectif est aussi de choisir une réalisation
du zéro hydrographique au large qui reste cohérente
avec sa réalisation à terre afin d'éviter
les discontinuités. La liaison entre les résultats
au large et près de la côte peut se faire en
prolongeant la surface moyenne de la mer par interpolation
entre les points déterminés par altimétrie
spatiale et ceux déterminés par marégraphie
côtière et GPS. Il faut bien garder à
l'esprit dans ce travail que la fonction de transfert entre
le signal observé au large par altimétrie
spatiale et celui qui est observé près de
la côte par les marégraphes est loin d'être
simple en général.
La figure 4 montre de façon schématique comment
seront exploitées, dans la réduction des relevés
bathymétriques, les données GPS et la surface
du zéro hydrographique exprimée par rapport
à l'ellipsoïde d'un référentiel
terrestre. On en déduit la sonde réduite :
Expérience en rade de Brest |
Les figures 5 et 6 décrivent le dispositif expérimental déployé en rade de Brest. Deux récepteurs GPS ASHTECH Z12, dotés d'une capacité temps réel, ont été utilisés :
Un écart de 2,147 m a été trouvé
avec une précision meilleure que 2 cm. Ce résultat
a été adopté pour recaler les observations
GPS. Nous obtenons ensuite la correction de hauteur d'eau
obtenue par GPS à tout instant au-dessus du zéro
hydrographique :
Cet enfoncement bien réel de l'antenne GPS est également
subi par le sondeur bathymétrique, montrant l'intérêt
d'observer la hauteur par GPS. La détermination de
la correction de marée par GPS cinématique
permet également de compenser l'évolution
du tirant d'eau du porteur. L'enfoncement observé
dans le cadre de l'essai semble atteindre une dizaine de
centimètres lorsque la vedette passe de 0 à
8 noeuds.
La hauteur verticale mesurée par GPS cinématique à bord d'une vedette ne représente pas exactement la marée. Au bruit de mesure et aux mouvements de fréquence élevée de l'embarcation, que l'on peut fortement réduire par simple lissage, se superpose notamment l'enfoncement de la vedette en fonction de sa vitesse. Ainsi :
Dans le cas d'un levé au large ou sur des zones
étendues, l'utilisation du GPS nécessite la
connaissance du décalage variable dans l'espace entre
le zéro hydrographique et l'ellipsoïde : un
modèle permettrait d'utiliser le GPS pour ramener
les sondes au zéro hydrographique.
Perspectives |
La précision recherchée dans la réduction des sondages est meilleure que la dizaine de centimètres. Les zones d'intérêt premier pour le SHOM couvrent en gros la Manche, le sud de la Mer du Nord et le plateau continental à l'ouest des côtes de France jusqu'aux fonds de 200 m.
Le SHOM se propose d'étudier en partenariat avec
le laboratoire LAREG de l'IGN l'utilisation du RGP (Réseau
GPS Permanent) afin de déterminer le zéro
hydrographique dans l'ITRS en quelques ports de référence
de France. Les résultats du projet pilote concernent
quatre ou cinq stations en 1999, mais l'objectif est à
terme d'appliquer la méthode à l'ensemble
des ports de France. Ce projet s'appelle GITAM (GPS ITinérant
Appliqué aux Marégraphes).
Références |
Marceau G., B. Morse, G. Bouchard, R. Santerre, D. Parrot et E. Roy [1996] : "Application du GPS et l'approche On-The-Fly en temps réel pour les relevés bathymétriques". Lighthouse: Edition 53, Spring 1996, pp. 15-20.
NIMA [1997] : "Department of Defense World Geodetic System 1984. Its Definition and Relationships with Local Geodetic Systems". NIMA Technical Report TR8350.2, Third Edition, 4 July 1997, 171 pp.
OHI [1996] : Rapport du "groupe de travail de l'OHI sur les marées". Monaco, 22-25 avril 1996.
SHOM [1994] : La lettre du S.H.O.M. aux navigateurs, n°11, décembre 1994, pp. 6-8.
SHOM [1998] : Annuaires des marées pour l'année 2000. Tome 1 : Ports de référence.
Simon B. [1990] : "Calcul de la marée au large pour la correction des sondages", Revue Hydrographique Internationale, Volume LXVII(2), juillet 1990.
Wells D., A. Kleusberg and P. Vanicek (1996): "A Seamless Vertical - Reference Surface". University of New Brunswick Tech. Report # 179, prepared for the Canadian Hydrographic Service, February 1996, 64 pp.
Wöppelmann G. [1997] : "Rattachement géodésique des marégraphes dans un système de référence mondial par techniques de géodésie spatiale". Thèse de Doctorat de l'Observatoire de Paris, soutenue le 23 juin 1997, 263 pp.
- Mis à jour le 2 septembre 1999 -
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