Vagues et circulation moyenne : les effets des vagues sur les courants et le niveau de la mer |
Les vagues sont des oscillations de la surface de la mer, générées
par l'énergie du vent et entretenues par la pesanteur.
Pour les scientifiques elles font donc partie des "ondes de gravité de
surface". Les vagues partagent cette propriété avec la marée
et les tsunamis, ces derniers sont générés par le mouvement
des astres et les glissements de terrain sous la mer. Les vagues transportent
une quantité importante d'énergie qu'elles tirent de la force
du vent sur l'ensemble des mers du globe et qui est dissipée par la deférlement
au large et sur les côtes. Des vagues de 4 mètres de hauteur (Hs) et de période 12 secondes représentent
un flux d'énergie à la côte de 1 Mégawatt pour 10
mètres de côte.
Les vagues que l'on peut voir en mer sont très irrégulières
et changeantes. Pourtant on est capable de dire d'où elles viennent et
de mesurer leur hauteur. Plusieurs méthodes scientifiques permettent
de décrire et de mesurer cette irrégularité. Toutes
ces méthodes font appel aux statistiques. Les deux méthodes
les plus utilisées sont l'analyse vague par vague qui décrit
les propriétés individuelles des vagues, et l'analyse spectrale
qui décrit la forme de la surface comme une superposition de composantes
de formes simples (les vagues linéaires) avec des amplitudes variant
lentement en temps. L'analyse spectrale est utilisée pour la prévision
des vagues car les vagues se comportent presque exactement comme des vagues
linéaires superposées. Les effets non-linéaires, qui sont
important près des côtes, peuvent être mis en évidence
par une analyse bispectrale. D'autres méthodes, comme l'analyse
en ondelettes (qui est en quelque sorte une analyse spectrale sur des échantillons
courts) sont utilisées pour mettre en évidence des variations
rapides. Ces méthodes, qui ne seront pas détaillées ici,
sont particulièrement utiles pour mettre en évidence des phénomènes
intermittents comme les vagues mosntrueuses (freak waves).
Analyse vague par vague |
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Pour cette analyse on décompose la série de mesures d'élévation
de la surface en segments de durée T qui séparent
deux passages successif dans le même sens par le niveau moyen. Sur l'image
ci-dessous on a pris le sens "montant". La durée T est
la période de la vague. Pendant cet intervalle la position de
la surface est passée par un minimum (le creux) et un maximum (la crête),
la distance de creête à creux est la hauteur de la vague
(H). On peut aussi mesurer d'autres paramètres (asymétries
verticales et horizontales, pentes, courbure ...).
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On voit bien qu'il y a des petites et des grandes vagues, des
périodes longues et courtes. On détermine à partir
de ces mesures des probabilités d'avoir une hauteur ou une période.
Pour la hauteur, la distribution ressemble à une loi de Rayleigh (ci-dessous),
c'est en tout cas ce qui est prévu par la théorie linéaire:
une suporposition d'un grand nombre d'ondes sinusoidales indépendantes
donne une distribution
Gaussienne pour l'élévation de la surface, ce qui correspond à
une loi de Rayleigh pour les hauteurs. En pratique on observe un peu plus de
grandes vagues que ce que donne cette loi. C'est la preuve que les vagues sont
faiblement non-linéaires. C'est par ces effets non-linéaires que
l'on peut expliquer la présence de vagues "scélérates",
jusqu'à 3 fois la hauteur Hs. De telles vagues seraient beaucoup trop
rare pour être observé si les ondes étaient linéaires.
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Théorie linéaire |
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Le mouvement de l'eau sous une série de vagues sinusoidales est assez
bien décrit par l'animation suivante (merci à Robert
A. Dalrymple, Center for Applied Coastal Research, University of Delaware,
Newark DE 19716, USA). Clique sur "Calculate" pour voir le mouvement des vagues
:
Cette animation utilise la théorie linéaire des vagues ou théorie
d'Airy du nom du savant Anglais qui l'a découverte au 19ème siècle.
Cette théorie est une bonne approximation du mouvement des vagues tel
qu'on peut le mesurer. Ainsi une goutte d'eau (les points blancs sur l'animation)
décrit une trajectoire circulaire (la courbe blanche) quand la
goutte est en surface, et ce cercle s'aplatit vers le fond. La vitesse est indiquée
par le trait blanc qui tourne: sous la crête des vagues elle est dans
la direction de propagation. Au bout d'une période la goutte d'eau est
revenue à peu près à sa position de départ: les
vagues se propagent sur de grandes distances, mais, en première approximation,
l'eau ne se déplace pas.
Le mouvement dépend essentiellement de 3 paramètres
:
De ces paramètres découle une autre grandeur
importante, la longeur d'onde L,
distance entre deux crêtes consécutives. Si on change
la période des vagues, la longueur d'onde change aussi . Dans
l'animation ci-dessus cela ne se voit pas car l'échelle du
dessin est ajustée pour représenter une longueur d'onde,
mais on peut vérifier le changement de la valeur de L qui est affichée. On peut aussi remarquer
que si on prend des grandes valeurs de T,
la forme des trajectoires des gouttes d'eau s'applatit, même en
surface, pour devenir uniforme sur la verticale.
L est reliée à la période T et la profondeur D par l'équation :
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g × 2×(
pi / L) × tanh ( D×2×pi/L)
= (2×pi / T
)× (2×pi / T ) (1)
avec g l'accélération de gravité, et pi = 3,1415 ... Voici la relation entre T et L pour quelques valeurs de D
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Le mouvement de la surface de la mer qui caractérise les vagues est donc associé à une vitesse des gouttes d'eau, mais aussi à des changements de la pression sous l'eau et dans l'air. Ces changements de pression sont utilisés pour mesurer les vagues (voir figure ci-dessous), comme on mesure la marée. Cependant les vitesses et pression associées aux vagues diminuent fortement avec la profondeur, d'autant plus que la période (ou la longueur d'onde L) sont petites. Ainsi à une profondeur égale L la vitesse et les variations de pression sont à peine 4 % de leur valeur en surface. Dans un sous-marin à 100 m de profondeur on ne sent quasiment plus les vagues.
Superposition de vagues |
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En pratique les vagues ne sont pas régulières
comme dans l'animation ci-dessus : la hauteur de deux crêtes
successives est différente, elles vont dans des directions
différentes.Il n'y a jamais deux vagues identiques. Comment
faire pour les décrire scientifiquement ? Ce type de
problème se rencontre dans de nombreux domaine de la physique
: optique, acoustique ... et on utilise les mêmes méthodes
: on décompose les oscillations de la surface en oscillations
régulières élémentaires. Chaque oscillation
élémentaire a la forme des mouvements de l'animation
ci-dessus. Cette décomposition permet de représenter
le mouvement de la surface comme une superposition de vagues ayant chacune
une direction et une période (et donc une longueur d'onde) différente.
Ci-dessous un exemple de mesure de pression au fond (correspondant
à une oscillation de la surface) réalisée à
St Anne du Portzic (Finistère) en octobre 2003. On y voit des
vagues irrégulières, avec des oscillations de période
autour de 5 secondes, mais aussi des mouvements plus lents. Nous verrons
ailleurs comment on détermine un spectre, qui permet de voir
cette décomposition en différentes périodes.
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La dispersion des vagues |
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L'équation (1) est appelée "relation de dispersion" car elle permet
de calculer comment les vagues se dispersent. En effet la vitesse de déplacement
des crêtes des vagues est C = L / T
(vitesse "de phase"), et l'équation (1) permet de la calculer.
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Cette vitesse varie avec la période, si bien que les vagues de grande période (on trouve souvent dans le Pacifique des vagues de période supérieure à 12 secondes) se propagent plus rapidement que des vagues de courte période (en Méditerrannée la période est souvent de 4 à 8 secondes). Ainsi, des vagues qui sont au départ mélangées (par exemple dans une tempête) se dispersent chacune à sa vitesse. Lorsque sur une plage on voit arriver des vagues d'une tempête lointaine, les premières vagues ont des périodes assez longues, car se sont les premières à arriver, et la période diminue au fur et à mesure que les vagues plus lentes arrivent. Ce type d'observation était utilisé pour déterminer la distance à laquelle se trouve une tempête. |
Cette dispersion (différence de vitesse des composantes) est forte en
eau profonde et disparait lorsque les vagues s'approchent de la côte :
par faible profondeur la vitesse de phase est la même quelle que soit
la période des vagues : C = (g h)½
, les vagues de grande période en eau peu profonde ne sont pas dispersives:
toutes les courbes ci-contre deviennent "plates" pour les grandes périodes.
Le phénomène de dispersion explique aussi que
l'énergie des vagues est transportée avec une vitesse Cg
(vitesse de groupe) différente de la vitesse de phase C.
Le spectre des vagues |
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Comme pour la lumière ou le son, la décomposition
des vagues suivant différentes fréquences se traduit
sous forme de spectre. La différence essentielle est que l'on
ne voit pas le spectre (pour la lumière les différentes
fréquences sont les couleurs, et pour le son, les différentes
fréquences correspondent à la hauteur, grave ou aigü).
Comprendre le spectre des vagues demande donc un peu d'imagination.
Il y a plusieurs manière de représenter le spectre. Une
de ces manières utilise une décomposition en différentes
longueurs d'onde. On décompose alors la forme de la surface en
calculant la contribution de différents nombres d'onde k, avec k =
2 pi / L. Ce nombre d'onde est
la norme d'un vecteur d'onde k,
un vecteur a deux composantes kx
et ky, dans les deux directions
horizontales x et y. Une oscillation de longueur d'onde L0 dans la direction x donne une contribution dans le spectre au
vecteur d'onde k = ( kx=2 pi / L0 , ky=0).
Pour transformer la forme de la surface de l'espace physique,
où les coordonées sont x
et y, à l'espace spectral,
où les coordonées sont kx
et ky, on utilise une
opération mathématique : la transformée de Fourier.
Ce type de spectre, en nombre d'onde, est très utilisé pour
l'analyse d'images de la surface marine.
Ci-dessous : trois exemples de forme de la surface de
la mer et les spectres associés. Sur les spectres les couleurs
rouges et oranges représente une forte et faible intensité
du spectre.
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Quand on n'a pas d'image de la surface mais seulement
une série de mesure en un même point, on utilise plus volontiers
une décomposition en fréquence f = 1 / T
, et direction. On peut passer d'un spectre en nombre d'onde à
un spectre en fréquence en utilisant la relation de dispersion (1).
Dans l'exemple ci-dessous (a), la couleur représente
la densité d'énergie pour une fréquence (axe radial) et
direction donnée. Le pic du spectre, en rouge, correspond donc à
des vagues arrivant de l'est avec une fréquence au pic, fp
= 0,659 Hz, ce qui correspond à une période de
14 secondes. Quand on regroupe les énergies de toutes les directions
pour une même fréquence, on obtient le spectre en fréquence
(courbe b). La hauteur significative des vagues, Hs
est à peu près la hauteur moyenne du 1/3 des plus hautes vagues.
Elle se calcule à partir de l'energie des vagues E (en joules par mètre carré) :
Hs = 4 [E / ( rho g ) ]-½, où rho
est la masse volumique de l'eau.Cette énergie E est la somme des énergies de chaque composante
du spectre. Pour mieux comprendre l'état de la mer qui y correspond,
la photo de droite correspond à une prise de vue de la plage, réalisée
par le U.S. Army Corps of Engineers dans le cadre
de la campagne de mesure DUCK'94. Pour donner une échelle, l'engin qui
est pris dans les vagues est le Coastal Research Amphibious Buggy
(CRAB), engin unique au monde, et qui mesure 12 m de haut.
(N.B.: les mesures figurées en (a) et (b) sont faites juste au large
de la plage par 8 mètres de fond). La caméra regarde vers le nord-nord-est,
et les vagues arrivent de la droite (de l'est).
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