Vagues et circulation moyenne : les effets des vagues sur les courants et le niveau de la mer |
Principes généraux |
Le mouvement de l'océan, à toutes les échelles est
régi par les équations de la mécanique :
masse × accélération = somme des
forces appliquées (1)
que l'on peut appliquer à chaque goutte d'eau ou à n'importe quel ensemble de gouttes d'eau. Or le mouvement des vagues fait que l'ensemble des gouttes d'eau du fond à la surface (la "colonne d'eau") exerce deux forces sur les colonnes d'eau environnantes :
Ces deux forces sont exercées par toutes les colonnes
sur leurs voisines et leur intensité dépend de la hauteur
des vagues. Ainsi, si la hauteur des vagues est la même partout
ces forces s'annulent les unes avec les autres.
Là où ça devient intéressant
c'est quand la hauteur des vagues varie dans l'espace, par exemple près
d'une plage : les vagues sont hautes au large et diminuent avec le déferlement.
Cette différence de hauteur induit donc une force qui s'applique
à la colonne d'eau, elle est appelée "contrainte de radiation".
Il peut alors se passer deux choses :
En pratique c'est un peu les deux choses qui se produisent
en même temps. Si on arrive à une situation stationnaire
l'accélération est nulle et donc une autre force s'oppose à
la force exercée par les vagues.
En plus de l'équation (1), un autre principe gouverne
le mouvement de l'océan :
la masse d'eau est conservée : rien ne se perd,
rien de se crée, tout se transforme (2)
Donc l'eau qui vient d'un côté doit partir ailleurs. Pour le problème des vagues, quand on regarde ce qui se passe en moyenne sur quelques minutes, cela se traduit par :
convergence de (flux de masse de la circulation
moyenne + flux de masse moyen des vagues) = élévation
du niveau moyen (3)
et mathématiquement ça donne :
div (Mm
+ Mw) = - d <z>/ dt
(3)
avec r la masse volumique
de l'eau, <z> le niveau moyen (en utilisant
notre moyenne sur quelques minutes), div l'opérateur
de divergence horizontale, Mm et Mw
les flux de masse horizontaux moyens (vecteurs à deux composantes) du
mouvement moyen et des vagues.
Effets en zone littorale |
La zone littorale est ici définie par la "région où
les vagues déferlent près de la côte". Cette zone
englobe donc une bande de mer de largeur variable (entre quelques mètres
et quelques kilomètres), en fonction essentiellement de la hauteur
des vagues et de la pente du fond. La pente d'une plage est de l'ordre
de 1 / 20 (un mètre vertical pour 20 mètres horizontaux),
avec une diminution rapide de la hauteur des vagues du large vers la plage.
Les deux forces dues aux vagues (pression et inertie) vont donc agir vers la plage et le long de la plage. Une fois moyennée sur quelques minutes la hauteur des vagues varie peu, et ces deux forces sont donc à peu près constantes. Un équilibre se crée avec deux forces opposées :
Les vagues ont donc deux effets sur la circulation littorale :
Par ailleurs, l'équation (3) de conservation de
la masse implique une circulation particulière. En effet le flux
de masse vers la plage est important en surface (c'est la dérive
de Stokes). Ce flux vient du fait que le mouvement des gouttes d'eau n'est
pas tout à fait périodique comme le décrit la théorie
linéaire , après avoir fait un tour une goutte est en
fait légèrement déplacée dans le sens de propagation
des vagues. Ce flux de masse est nul sur la plage (l'eau ne traverse pas
la plage !), et le niveau moyen ne peut pas monter indéfiniment,
il doit y avoir un courant de retour en dessous, c'est le courant de retour
("undertow" en anglais). Une dernière particularité de la
couche d'eau dans les quelques centimètres près du fond
fait que tout au fond le courant est aussi dirigé vers la plage
(c'est un effet de la viscosité), ce courant de la couche du fond,
expliqué par Longuet-Higgins est appelé "streaming" en anglais.
La force exercée par les vagues qui fait monter le niveau
moyen agit dès qu'il y a une variation du champ de vague, elle est importante
dans la zone de déferlement. Si les vagues déferlent dans un passage
peu profond connectant le large à une zone abritée, cette élévation
du niveau moyen peut affecter l'ensemble de la zone abritée. Cela est
observé lors des grandes tempêtes en Adriatique: le niveau moyen
de la lagune de Venise peut ainsi monter lorsque la zone de déferlement
s'étend jusqu'au bout des jetées qui connectent la lagune à
la mer... cet effet s'ajout alors à la surcôte de tempête
(effet du vent) et à la marée, et peut rajouter 10 à 20
cm d'eau sur la place St Marc.
Ce phénomène est très fréquent dans les lagons du
Pacifique dont les passes sont peu profondes. On parle là-bas d' "ensachage".
Effets en zone côtière et au large |
En dehors de la zone littorale les choses sont un peu plus compliquées
parce que la terre tourne. Les effets des vagues dans ces régions commencent
à peine à être sérieusement étudiées.
Des études ont montré que les vagues étaient par endroit
aussi importantes que la force de Coriolis pour des profondeurs jusqu'à
20 m (Lentz et al., 1999). Après quelques débats, il semble que
l'effet des vagues ne puisse pas causer de grands changements du niveau moyen
de la mer au large : typiquement 10 cm maximum pour 10 m de profondeur, 1 cm
pour 100 m et moins d'1 mm par 1000 m de fond ... Cela sera bientôt vérifié
par des calculs. Par contre les vagues jouent un role très important
dans les courants de dérive en surface ...