Evolution des vagues au large


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 Génération des vagues par le vent



La formation et la croissance des vagues sous l'effet du vent est un phénomène complexe qui reste encore assez mal compris, et sur lequel la recherche est très active. Ces recherches font de plus en plus appel à la simulation par ordinateur car il reste très difficile, même en laboratoire, de mesurer les propriétés de l'air et de l'eau très près d'une surface qui bouge. Toutefois, de belles expérience en laboratoire ont été réalisées dans la soufflerie de l'IRPHE à Marseille. Ces observations ne peuvent pas être extrapolées aux vagues de plus grande longueur d'onde qui, dans l'océan, contiennent l'essentiel de l'énergie.

Depuis les travaux de Phillips et Miles (publiés en 1957) on sait que ce phénomène est essentiellement lié aux variations de pression de l'air à la surface de l'eau. Ces variations de pression proviennent du la turbulence de l'air au-dessus de la surface de la mer. En présence de vagues l'écoulement et la pression de l'air sont modifiées. En particulier la vitesse du vent près de la surface (près signifie ici, typiquement, à une distance inférieure à la moitié de la longueur d'onde) peut être freinée ou accélérée par la présence de vagues. Pour les vagues dont la vitesse de propagation dans la direction du vent est plus faible que le vent en altitude, la pression est un peu plus forte sur le côté de la vague exposé au vent, et plus faible sur le côté abrité. Or la vitesse verticale de la surface est orienté vers le bas sur le côté exposé et vers le haut sur le côté abrité (la surface monte avant le passage de la crête et redescend après). Comme la puissance communiquée par une force étant égal à la force que multiplie la vitesse nous avons donc un transfert d'énergie du vent vers les vagues : la pression de l'air "travaille vers le bas". Cette énergie est communiquée à toutes les vagues dont la composante de vitesse dans la direction du vent est plus lente que le vent. Le vent génère donc des vagues dans toutes les directions, sur un secteur de -90° à +90° par rapport au vent. La génération est d'autant plus forte que la direction des vagues est proche du vent, mais les théories ne sont pas encore d'accord sur la loi de variation du transfert d'énergie Sin en fonction de l'angle. Les modèles de prévision WAM et WAVEWATCH III utilisent sur ce point des théories très différentes.



génération des vagues

Fluctuations de pression de l'air à la surface de l'eau, et relation avec les vitesses de l'eau dans une vagues. Dans le cas présenté, la vague se déplace dans le sens du vent (vu de côté). Pour une vague se déplaçant en sens inverse les vitesses horizontales (en bleu) sont dans le sens opposé, mais les variations de pression sont beaucoup plus faible si bien que les vagues se propageant contre le vent ne sont que très peu atténuées

Quelques trains d'ondes générés en même temps par le même vent. En pratique des vagues de longueurs d'ondes très différentes sont  générées dans toutes les directions de part et d'autre de la direction du vent: c'est ce qui donne son aspect désordonné à la mer du vent.


Comme la vitesse de propagation C des vagues est reliée à la période (ou à la longueur d'onde) par la  relation de dispersion, la vitesse maximale des vagues générées par le vent est la vitesse du vent U. Dans le cas de l'eau profonde cela correspond à une période T = 2 pi U/g, avec g l'accélération de la gravité et pi =3,1415 ... Ainsi pour un vent de 10 m/s (20 noeuds) les vagues générées directement par le vent ont des périodes de 6,5 secondes ou moins. Il faut donc des vents plus forts pour générer une houle de 15 secondes de période: avec cette explication on trouve un vent U =23 m/s (soit 46 noeuds). Ce qui n'est pas une conditions suffisante car il faut aussi que le vent souffle assez longtemps pour que ces vagues puissent se développer. Mais le vent, s'il est la cause première, n'est pas le seul phénomène qui participe à l'évolution des vagues.

 Evolution et propagation des vagues



L'évolution des trains d'onde de différentes périodes et directions se fait presque indépendamment les uns des autres. Si on arrêtait le vent, ces ondes se propageraient tranquillement en ligne droite ... en l'absence de courant et là où la mer est assez profonde (plus de 300 m environ). Presque, mais pas tout à fait: pour des vagues assez cambrées, un train d'ondes est perturbé par  l'existence des autres trains d'ondes (mathématiquement le phénomène est faiblement non-linéaire). Il en résulte un échange d'énergie entre les trains d'ondes dont l'effet est de tranferer de l'énergie du pic en fréquence vers les périodes plus courtes mais aussi vers les périodes plus longues (les physiciens parlent de turbulence faible avec une double cascade). Ainsi on observe que la vitesse des vagues au pic en fréquence Cp est en fait plus rapide que le vent pour un état de mer pleinement développé. Pierson et Moskowitz (1964) ont mesuré Cp=1,2 U pour ces états de mer. Cet effet de transfert d'énergie est très faible pour les vagues de petite cambrure (disons quand le rapport hauteur sur longueur d'onde est inférieur à 0.05), en particulier la houle. En termes mathématiques, la houle se comporte comme si elle était exactement linéaire, et on peut donc calculer simplement son évolution sur de très grande distances grâce au principe de superposition: la solution d'un problème linéaire est la somme des solution élémentaires que sont les ondes localement sinusoidales.

En l'absence de courant et là où la mer est assez profonde (plus de 300 m environ), les vagues se propagent en ligne droite ... sur la sphère terrestre. Or sur une sphère la "ligne droite" (la trajectoire la plus courte entre deux points) est un cercle passant par le centre de la sphère.

Les vagues de longue période se propagent sur de très grande distances. En 1957 une expérience a montré que la houle qui arrive en été en Alaska peut venir de l'Antarctique, après 15000 km à travers le Pacifique. La figure ci-dessous montre les trajectoires (appelées "rayons") suivies jour après jour (chaque jour est indiqué par une nouvelle couleur) par la houle de période T =14 secondes qui arrive à Ouessant.



Ci-dessous : rayons des vagues de période 18 s arrivant au large de Monterey, Californie. Chaque changement de couleur correspond à un jour de propagation supplémentaire.On voit bien l'ombre des différents groupes d'îles : Hawaii, Polynésie Française ...


Le long des rayons l'énergie de la houle varie peu. A part un effet géométrique, l'énergie de chaque composante est quasiment constante. C'est cette observation qui justifie la décomposition spectrale des vague : tout se passe (presque) comme si les différentes composantes se propageait indépendamment les unes des autres.

Près des côtes la propagation est influencée par les variations de profondeur. Il s'agit du phénomène de réfraction, comme pour la lumière traversant une lentille de verre. Ainsi un haut fond agit comme une lentille convergente et concentre l'énergie des vagues derrière lui, tandis qu'un trou a l'effet d'une lentille divergente. Les variations de courant peuvent aussi provoquer une réfraction.

 Dissipation des vagues



La hauteur des vagues est limitée par la forme de la surface qui devient instable lorsque l'amplitude des vagues est importante. Pour les petites vagues cela se traduit par un aspect "froissé" de la surface aux points de déferlement. Pour les vagues de plus grande longueur d'onde le déferlement est généralement accompagné d'une formation d'écume: les moutons. Ce déferlement se produit au large ou près de la côte où les vagues sont amplifiées à cause de leur ralentissement. Ces phénomènes sont turbulents, avec un mélange d'eau et d'air, et la recherche est aussi très active sur ce sujet. Au large la hauteur des vagues est théoriquement plus faible que 0,4 fois la longueur d'onde (théorie de Stokes), mais en pratique il est très rare d'observer des vagues dont la cambrure dépasse 0,2 et il n'y a pas vraiment de seuil clair sur ce paramètre ou d'autres.

L'énergie des vagues qui est perdue par déferlement est transmise à la turbulence océanique. Ce flux d'énergie est typiquement de l'ordre de 1 W par mètre carré d'océan, et pourrait dépasser les 100 W/m2 dans les ouragans ... si on en croit les modèles de vagues (on peut prudemment dire que 30 W/m est probablement atteint). C'est la source la plus importante d'énergie cinétique turbulente ... mais celle-ci est  dissipée en chaleur près de la surface ... enfin... près, c'est à  dire à l'échelle de la hauteur des vagues. Ainsi presque toute l'énergie (de 80 à 99 %) communiquée par le vent est perdue localement. Le peu d'énergie qui reste contribue à faire croitre le champ de vagues : c'est ce qui explique que la hauteur des vagues n'augmente que lentement avec le fetch ou avec le temps.
 


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