De la bonne compréhension
de la carte marine
Le Service Hydrographique et Océanographique
de la Marine est le service public national chargé
de collecter et de diffuser l'information nautique
nécessaire à la sécurité
de la navigation au bénéfice de
la collectivité maritime nationale (quel
que soit le navigateur, du bâtiment de commerce
au pêcheur, du navire de guerre au plaisancier)
et internationale. La documentation, support de
cette diffusion, est soumise à un contrôle
rigoureux et est tenue à jour afin d'éviter
les risques propres au domaine maritime : contrairement
au milieu terrestre, les fonds marins ne sont
pas directement accessibles à l'observation
et le navigateur n'a pas d'autre choix que de
se fier aux documents nautiques pour déterminer
les éléments d'une route sûre
entre deux points. Parmi l'ensemble des documents
nautiques permettant d'assurer la diffusion de
cette information, la carte marine est le plus
répandu. Elle offre une synthèse
graphique des renseignements nécessaires
au navigateur pour effectuer trois opérations
: situer son navire, délimiter les zones
à éviter, déterminer sa route
future en toute sécurité. Le bon
usage de ces produits implique d'avoir conscience
des divers processus de confection qui entraînent
volontairement ou non des écarts entre
la réalité (le domaine maritime)
et la perception que peuvent en avoir les usagers
à la lecture des documents mis à
leur disposition.
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Observation et mesure du
domaine maritime (monde réel)
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Le domaine maritime est d'une
extrême complexité et il est impossible
de définir un modèle de données
exhaustif apte à prendre en compte tous
ses aspects. Contrairement à ce qui se
passe, au moins partiellement sur terre où
dans une large mesure une photographie aérienne
contient la plus grande partie de la réalité
physique de l'objet à représenter,
en mer il faut deviner ce qu'on ne voit pas. L'eau
est en effet un milieu opaque à presque
tous les rayonnements familiers : pour découvrir
ce qui se passe sous la couche liquide et mesurer
les profondeurs, on utilise essentiellement des
techniques acoustiques (moyen le plus fiable et
le mieux éprouvé aujourd'hui). La
représentation qu'on obtient du fond marin
est donc déformée et limitée
par cet intermédiaire acoustique et par
l'influence importante de la colonne d'eau. L'observation
du monde réel implique donc un processus
d'abstraction adapté à des objectifs
particuliers. Seule une partie de la réalité
est sélectionnée, en privilégiant
certains aspects et en en délaissant d'autres.
En schématisant, on peut considérer
qu'un tel filtre agit selon des axes thématiques
(sécurité de la navigation), temporel
(variabilité temporelle des phénomènes)
et spatial (résolution d'acquisition).
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La cartographie maritime
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Une carte offre une représentation
plane, graphique et symbolique particulière
de l'espace. C'est avant tout un mode de
communication visuel et non un simple type
de représentation. Son contenu est
donc essentiellement déterminé
par ce que l'on veut signifier : une perception
contextuelle de l'espace géographique.
A ce titre, la carte marine est une représentation
thématique de l'environnement, dont
le thème est la navigation ; la sécurité
y est privilégiée. Les règles
qui gouvernent son élaboration se
déduisent logiquement de l'usage
auquel elle est destinée et du souci
primordial de la concision. Ainsi, la représentation
du relief sous-marin ne vise pas à
en donner une image exacte mais privilégie
tout ce qui peut constituer un danger pour
le navigateur (hauts-fonds, épaves,
zones mal connues), tant dans la sélection
des informations que dans leur symbolisation,
afin de concilier clarté du document
et sécurité de la navigation.
Les informations reportées sur la
carte sont issues de la compilation de nombreux
documents provenant de divers producteurs
de données (missions hydro-océanographiques
du SHOM, DDE, ports autonomes...). Les objectifs
de ces producteurs étant parfois
différents, le cartographe doit réaliser
une fusion intelligente de ces données
de manière à assurer la sécurité
de la navigation. Les données ainsi
exploitées sont ensuite simplifiées
afin de les représenter dans un espace
plus petit, à l'échelle de
la carte, tout en conservant au mieux leurs
caractéristiques tant géométriques
que descriptives. Ce processus est appelé
généralisation cartographique.
Il a pour objectif principal l'efficacité
de la communication en s'assurant que les
objets représentés sont facilement
identifiables et interprétables.
Parmi les transformations appliquées
pour parvenir à ce résultat,
on peut citer le lissage qui consiste à
éliminer les détails inutiles
et la caricature qui permet d'accentuer
les formes caractéristiques. De plus,
certains objets ont une importance sémantique
qui n'est pas propor-tionnelle à
leur emprise géométrique.
On est alors obligé soit d'exagérer
leur géométrie soit de leur
associer une symbolisation qui permet de
les mettre en valeur visuellement. C'est
tout l'art du cartographe marin qui doit
avoir un sens pratique de l'usage qui sera
fait de ses produits, que de modifier sans
la dénaturer cette nature physique
afin d'accroître la sécurité
(exemple
de généralisation).
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Les usagers
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Conscient de cette généralisation
contextuelle, destinée à améliorer
la lisibilité de la carte tout en assurant
la sécurité de la navigation,
le navigateur doit exploiter la carte marine
destinée à ses objectifs. A chaque
type de navigation doit correspondre une carte
à une échelle adaptée.
Par l'absurde, il serait absolument faux de
croire que la carte 6989 au 1 : 345 000 (adaptée
à la navigation au large de la côte)
assure la sécurité de la navigation
lors de l'entrée dans le port de Brest.
Et cela d'autant plus que la représentation,
en zone côtière, y sera partielle,
minimale, voire nulle. En revanche, la carte
7401 à l'échelle de 1:22 500 doit
être utilisée afin d'assurer ce
type de navigation.
Par ailleurs, au-delà de sa fonction
première qui est d'assurer la navigation
en toute sécurité, la carte marine
est exploitée comme référence
géographique par d'autres catégories
d'utilisateurs : pêcheurs, plongeurs...
Dans ce cas, elle ne répond pas toujours
aux attentes puisque la généralisation
est strictement orientée vers la sécurité
de la navigation alors que ces usagers s'intéressent
davantage à une morphologie précise
du fond pour laquelle les creux ont autant d'importance
que les hauts-fonds et les dangers.
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Conclusion
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Afin de répondre précisément
aux besoins d'un usager particulier, il est donc
nécessaire de définir un produit
spécifique mettant en uvre des principes
de généralisation adaptés
(conservation des caractéristiques géomorphologiques
de l'espace, communication d'une information sédimentologique
fine...). Cela a également des conséquences
sur les mesures, puisque dès la phase d'observation
et de mesures, il est nécessaire de faire
des choix en fonction des objectifs. L'idéal
serait de définir une base numérique
qui aurait en charge la gestion des informations
géographiques décrivant au plus
près le monde réel et qui, en fonction
des utilisations, permettrait de visualiser certaines
informations avec un niveau de généralisation
différent selon les objectifs. C'est ce
qui pourrait être atteint, à moyen
terme, à partir des systèmes de
visualisation de cartes marines électroniques
(ECDIS) en cours de développement. A partir
d'une référence géographique
commune, celle des cartes marines, il sera possible
de définir des produits contenant de l'information
spécifique à certaines activités
: c'est l'ESIS pour les activités d'exploitation
de la mer, le WECDIS pour les activités
militaires.
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