La lettre du shom / Lettre 14  

19-03-2009

De la bonne compréhension de la carte marine


[ Observation et mesure du domaine maritime | La cartographie maritime | Les usagers | Conclusion ]


Le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine est le service public national chargé de collecter et de diffuser l'information nautique nécessaire à la sécurité de la navigation au bénéfice de la collectivité maritime nationale (quel que soit le navigateur, du bâtiment de commerce au pêcheur, du navire de guerre au plaisancier) et internationale. La documentation, support de cette diffusion, est soumise à un contrôle rigoureux et est tenue à jour afin d'éviter les risques propres au domaine maritime : contrairement au milieu terrestre, les fonds marins ne sont pas directement accessibles à l'observation et le navigateur n'a pas d'autre choix que de se fier aux documents nautiques pour déterminer les éléments d'une route sûre entre deux points. Parmi l'ensemble des documents nautiques permettant d'assurer la diffusion de cette information, la carte marine est le plus répandu. Elle offre une synthèse graphique des renseignements nécessaires au navigateur pour effectuer trois opérations : situer son navire, délimiter les zones à éviter, déterminer sa route future en toute sécurité. Le bon usage de ces produits implique d'avoir conscience des divers processus de confection qui entraînent volontairement ou non des écarts entre la réalité (le domaine maritime) et la perception que peuvent en avoir les usagers à la lecture des documents mis à leur disposition.

Observation et mesure du domaine maritime (monde réel)


Le domaine maritime est d'une extrême complexité et il est impossible de définir un modèle de données exhaustif apte à prendre en compte tous ses aspects. Contrairement à ce qui se passe, au moins partiellement sur terre où dans une large mesure une photographie aérienne contient la plus grande partie de la réalité physique de l'objet à représenter, en mer il faut deviner ce qu'on ne voit pas. L'eau est en effet un milieu opaque à presque tous les rayonnements familiers : pour découvrir ce qui se passe sous la couche liquide et mesurer les profondeurs, on utilise essentiellement des techniques acoustiques (moyen le plus fiable et le mieux éprouvé aujourd'hui). La représentation qu'on obtient du fond marin est donc déformée et limitée par cet intermédiaire acoustique et par l'influence importante de la colonne d'eau. L'observation du monde réel implique donc un processus d'abstraction adapté à des objectifs particuliers. Seule une partie de la réalité est sélectionnée, en privilégiant certains aspects et en en délaissant d'autres. En schématisant, on peut considérer qu'un tel filtre agit selon des axes thématiques (sécurité de la navigation), temporel (variabilité temporelle des phénomènes) et spatial (résolution d'acquisition).

La cartographie maritime



 

Une carte offre une représentation plane, graphique et symbolique particulière de l'espace. C'est avant tout un mode de communication visuel et non un simple type de représentation. Son contenu est donc essentiellement déterminé par ce que l'on veut signifier : une perception contextuelle de l'espace géographique. A ce titre, la carte marine est une représentation thématique de l'environnement, dont le thème est la navigation ; la sécurité y est privilégiée. Les règles qui gouvernent son élaboration se déduisent logiquement de l'usage auquel elle est destinée et du souci primordial de la concision. Ainsi, la représentation du relief sous-marin ne vise pas à en donner une image exacte mais privilégie tout ce qui peut constituer un danger pour le navigateur (hauts-fonds, épaves, zones mal connues), tant dans la sélection des informations que dans leur symbolisation, afin de concilier clarté du document et sécurité de la navigation. Les informations reportées sur la carte sont issues de la compilation de nombreux documents provenant de divers producteurs de données (missions hydro-océanographiques du SHOM, DDE, ports autonomes...). Les objectifs de ces producteurs étant parfois différents, le cartographe doit réaliser une fusion intelligente de ces données de manière à assurer la sécurité de la navigation. Les données ainsi exploitées sont ensuite simplifiées afin de les représenter dans un espace plus petit, à l'échelle de la carte, tout en conservant au mieux leurs caractéristiques tant géométriques que descriptives. Ce processus est appelé généralisation cartographique. Il a pour objectif principal l'efficacité de la communication en s'assurant que les objets représentés sont facilement identifiables et interprétables.

Parmi les transformations appliquées pour parvenir à ce résultat, on peut citer le lissage qui consiste à éliminer les détails inutiles et la caricature qui permet d'accentuer les formes caractéristiques. De plus, certains objets ont une importance sémantique qui n'est pas propor-tionnelle à leur emprise géométrique. On est alors obligé soit d'exagérer leur géométrie soit de leur associer une symbolisation qui permet de les mettre en valeur visuellement. C'est tout l'art du cartographe marin qui doit avoir un sens pratique de l'usage qui sera fait de ses produits, que de modifier sans la dénaturer cette nature physique afin d'accroître la sécurité (exemple de généralisation).


Les usagers


Conscient de cette généralisation contextuelle, destinée à améliorer la lisibilité de la carte tout en assurant la sécurité de la navigation, le navigateur doit exploiter la carte marine destinée à ses objectifs. A chaque type de navigation doit correspondre une carte à une échelle adaptée. Par l'absurde, il serait absolument faux de croire que la carte 6989 au 1 : 345 000 (adaptée à la navigation au large de la côte) assure la sécurité de la navigation lors de l'entrée dans le port de Brest. Et cela d'autant plus que la représentation, en zone côtière, y sera partielle, minimale, voire nulle. En revanche, la carte 7401 à l'échelle de 1:22 500 doit être utilisée afin d'assurer ce type de navigation.

Par ailleurs, au-delà de sa fonction première qui est d'assurer la navigation en toute sécurité, la carte marine est exploitée comme référence géographique par d'autres catégories d'utilisateurs : pêcheurs, plongeurs... Dans ce cas, elle ne répond pas toujours aux attentes puisque la généralisation est strictement orientée vers la sécurité de la navigation alors que ces usagers s'intéressent davantage à une morphologie précise du fond pour laquelle les creux ont autant d'importance que les hauts-fonds et les dangers.

Conclusion


Afin de répondre précisément aux besoins d'un usager particulier, il est donc nécessaire de définir un produit spécifique mettant en œuvre des principes de généralisation adaptés (conservation des caractéristiques géomorphologiques de l'espace, communication d'une information sédimentologique fine...). Cela a également des conséquences sur les mesures, puisque dès la phase d'observation et de mesures, il est nécessaire de faire des choix en fonction des objectifs. L'idéal serait de définir une base numérique qui aurait en charge la gestion des informations géographiques décrivant au plus près le monde réel et qui, en fonction des utilisations, permettrait de visualiser certaines informations avec un niveau de généralisation différent selon les objectifs. C'est ce qui pourrait être atteint, à moyen terme, à partir des systèmes de visualisation de cartes marines électroniques (ECDIS) en cours de développement. A partir d'une référence géographique commune, celle des cartes marines, il sera possible de définir des produits contenant de l'information spécifique à certaines activités : c'est l'ESIS pour les activités d'exploitation de la mer, le WECDIS pour les activités militaires.

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