Généralisation cartographique de
la Bathymétrie
Raymond Guillou
Faire les meilleures
cartes marines possibles est l'une des missions du SHOM.
Pour cela, il doit maîtriser parfaitement la technique
de généralisation cartographique (1).
En expliquer au navigateur les grandes lignes pour lui
permettre une meilleure compréhension de sa carte
est un devoir que la Lettre du SHOM a abordé
dans son n°14. Nous allons voir maintenant quels
principes régissent le choix des informations
bathymétriques (2)
portées sur une carte marine.
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Généralisation cartographique de
la Bathymétrie
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L'objectif de la généralisation
bathymétrique sur les cartes marines est
de définir une image lisible et simplifiée
à l'aide de sondes (valeur de la profondeur
en un point) et d'isobathes (2),
préservant les formes remarquables du relief
sous-marin tout en tenant compte des contraintes
de sécurité et de lisibilité.
Ce processus est traditionnellement appelé
« choix de sondes cartographiques ».
C'est tout l'art du cartographe marin, qui doit
avoir un bon sens pratique de l'usage qui sera fait
de la carte, que de simplifier cette information
sans la dénaturer tout en assurant la sécurité
de la navigation.
Or, il existe peu de règles qui gouvernent
cette opération fondamentale du processus
de cartographie marine. Nous allons toutefois examiner
les phases essentielles (fig.1) de la procédure
traditionnelle de généralisation de
la bathymétrie à partir de données
numériques. Ces données sont extraites
de la Base de Données Bathy-métriques
du SHOM (BDBS), puis filtrées afin d'obtenir
une pseudo-minute de bathymétrie lisible
à l'échelle de la carte. Ce filtrage,
basé sur un tri des sondes par valeur croissante,
sélectionne itérativement les sondes
les plus faibles en retirant les sondes les plus
proches dans un voisinage circulaire donné.
Il permet de respecter les contraintes de lisibilité
et de sécurité. Sur ce document, le
cartographe trace ensuite l'ébauche des isobathes
afin de mieux comprendre la géomorphologie
du fond marin. Il est alors en mesure de rechercher
les sondes caractéristiques, c'est à
dire celles qui caractérisent nettement un
accident du terrain (le plus souvent elles mettent
en cause la sécurité de la navigation
car ce sont les sondes les plus faibles, qui correspondent
à des remontées du fond sous-marin
(sommets sous-marins)).
Une fois ces sondes sélectionnées,
il s'agit, de la côte vers les profondeurs
croissantes, de compléter la sélection
des sondes afin de maintenir une certaine homogénéité
en densité tout en assurant la sécurité
de la navigation. Ces sondes de complément
seront sélectionnées de proche en
proche à partir des sondes caractéristiques. |
Enfin les isobathes cartographiques
sont tracées en tenant compte de la sélection
des sondes afin d'assurer la cohérence géométrique
des sondes et des isobathes ainsi que la lisibilité
de la carte (schéma ci-dessous).
Le résultat obtenu, dont un
exemple concret est illustré ci-dessous, est
une représentation généralisée
de la bathymétrie, à la fois lisible et
assurant la sécurité de la navigation.
Ce processus manuel de généralisation
de la bathymétrie repose sur l’expertise du cartographe.
Celui-ci doit être apte à détecter
et corriger des conflits multiples en gérant
des priorités et en réalisant des choix.
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Le choix de sondes
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La phase de préparation
d’une carte marine la plus coûteuse est
le choix de sondes, qui est indissociable du tracé
des isobathes. Les isobathes apportent une bonne
connaissance de la bathy-morphologie du fond,
essentielle à la bonne réalisation
du choix de sondes. De même celui-ci influence
le tracé des isobathes définitives
pour respecter les critères de généralisation
et de lisibilité.
Pour le cartographe, il s’agit
là d’exploiter les données bathymétriques
en vue de donner la meilleure image possible du
fond, tout en ne faisant aucune impasse sur le
critère de sécurité de la
navigation. Ainsi le cartographe doit avant toute
autre chose vérifier le critère
de sécurité satisfait par l’application
des deux règles suivantes :
• Règle 1 :
Dans le triangle formé par trois sondes
(Fig. 4) choisies S1, S2 et S3 il ne doit pas
y avoir de sonde non retenue de valeur inférieure
à la plus faible des trois. Cette règle
est impérative et n’admet aucune dérogation.
Dans l’exemple représenté, l’existence
de la sonde S4, inférieure à S1,
rend le choix de sondes inacceptable.
• Règle 2 :
Aucune sonde non choisie ne doit être de
valeur inférieure à celle de la
sonde interpolée dans le triangle au même
endroit (3).
Cette règle ne peut pas toujours être
respectée rigoureusement. Elle peut conduire,
notamment aux petites échelles, à
des déformations importantes des figures
bathy-morphologiques réelles.
Ces déformations doivent être limitées
par un choix judicieux des sondes et des isobathes
carto-graphiées. Dans l’exemple cité,
la sonde non choisie S5 ne vérifie pas
cette règle. Cependant le cartographe peut
tolérer ce défaut suivant le cas
(on suppose ici que S4 n’existe pas). La sonde
non choisie S6 respecte quant à elle totalement
les critères énoncés.
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Perspectives
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L’élaboration d’une carte peut
apparaître comme un travail sans grande difficulté.
L’expérience montre au contraire que c’est un
travail complexe, qui prend du temps et qui requiert
des compétences particulières et du savoir
faire.
Il ne faut pas perdre de vue que la carte marine est
le document fondamental pour préparer et suivre
sa navigation (détermination et suivi des
routes du navire).
Une carte marine doit en particulier répondre
aux principes suivants :
• toutes les informations sont présentées
de façon claire et sans ambiguïté
;
• toutes les informations ont été
vérifiées à partir de documents
originaux ;
• la carte possède les qualités
requises pour l’usage auquel elle est destinée.
En particulier, elle montre une quantité suffisante
d’informations pour permettre de naviguer avec précision
et sans risque à tout instant ;
• la carte est d’un graphisme net, agréable
et facile à lire, dans lequel les éléments
les plus significatifs se repèrent rapidement.
Aujourd'hui, les cartographes marins
réalisent des traitements numériques complexes.
Ils travaillent depuis plusieurs années à
la production de cartes électroniques (ENC) pour
les ECDIS (4)
et utilisent de plus en plus les systèmes d'information
géographiques (SIG). Ils sont donc favorables
à l'emploi d'outils d'aide au traitement numérique
des données bathymétriques. Des études
ont commencé pour la mise au point de logiciels
interactifs qui proposeront au cartographe des ébauches
de solutions au choix de sondes ; il lui appartiendra
de valider ces solutions ou de les modifier (le logiciel
sera aussi capable de détecter les anomalies
de traitement lors de la généralisation,
anomalies qui peuvent exister dans le choix fait par
le cartographe, ce qui nécessite actuellement
un contrôle strict par un tiers).
Ainsi, le processus de généralisation
de la bathymétrie pourra bénéficier
des travaux de recherche dans le domaine de l'orographie
et de la généralisation du linéaire.
S'il n'existe pas encore de plate-forme de généralisation
automatique suffisamment performante, il semble que
cette situation puisse changer dans les années
à venir. Ceci ouvre donc des perspectives très
encoura-geantes pour la réalisation d'une telle
plate-forme.
Les avantages de cette génération
d'outils cartographiques seront doubles. Ils généreront
un gain de productivité évident par la
conservation de l’intégrité de la chaîne
numérique, des données acquises aux produits
numériques. De plus, il deviendra plus facile
de généraliser la bathymétrie selon
des objectifs, des contraintes et des règles
différents. Il peut s'agir de ceux de la navigation
par corrélation, de la lutte sous la mer, etc.
Par ailleurs des études sur la généralisation
de la bathymétrie pourront être utilement
étendues à d'autres paramètres
géophysiques (magnétisme, pesanteur, sédimentologie...).
Enfin, ce problème sera d'autant
mieux et vite résolu qu'une collaboration internationale
se développera.
(1) C'est la
procédure ayant pour but de synthétiser
l’information géographique afin de la représenter
dans un espace restreint, tout en maximisant la qualité
de l’information transmise selon le niveau de perception
souhaité.
(2) Il suffit de savoir que le radical
bathy vient du grec bathus, qui signifie « profond
», pour comprendre que le mot bathymétrie
est relatif à la mesure des profondeurs et qu'isobathe
désigne la ligne reliant sur une carte des points
de même (iso) profondeur !
(3) Intersection de la verticale
passant par la sonde considérée avec le
plan passant par les trois sondes retenues a priori.
(4) Electronic chart display and
information system : système de visualisation
de cartes électroniques et d'information.
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