Les cartes électroniques
de navigation officielles - Production et disponiblité
Denis Créac’h
AVERTISSEMENT
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Ce sujet a connu une évolution rapide
depuis la parution de la Lettre n°15 (Décembre
1998).
Pour des informations plus récentes,
consultez la rubrique
cartes électroniques...
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État d'avancement du concept
ECDIS
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L'approbation en 1995 des normes
de performances des systèmes de visualisation
de cartes électroniques et d'information (ECDIS)
par l'OMI constitue le fondement du concept ECDIS. Ceci
autorise tout navire à utiliser un système
de cartes électroniques comme équivalent
légal de la carte papier, pourvu qu'il respecte
certaines contraintes :
utilisation d'un système ECDIS approuvé confor-mément
à la spécification IEC 61174 de la Commission
Electrotechnique Internationale (IEC) ;
utilisation de cartes électroniques de navigation (ENC) conformes
à la spécification de produit ENC de la
norme S57 édition 3 de l'OHI, et produites sous
la responsabilité de services hydrographiques
officiels ;
existence d'un système de secours.
Les normes sont maintenant diffusées
et ouvrent la voie à l'émergence de véritables
systèmes ECDIS. Cependant ceci est conditionné
par la disponibilité d’ENC.
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Disponibilité des données
officielles
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Les services hydrographiques font
l'objet de critiques régulières sur l'absence
de données officielles (c'est-à-dire produites
sous la responsabilité d'un service hydrographique
national conformément aux spécifications
de produit ENC de la norme S57 édition 3).
Plusieurs raisons sont à l'origine
de ce retard. L'évolution de la norme S57 est
certainement un élément déterminant.
Alors que de nombreux services hydrographiques avaient
entamé la production de données conformes
à l’édition 2, leur adaptation à
l’édition 3 s'est avérée beaucoup
plus complexe qu'imaginée au départ. Cependant,
le retard dans la fourniture de données ne peut
pas être totalement imputé au changement
de version de la S57.
Les services hydrographiques sont confrontés
à un problème de moyens. Leurs données
ont été jusqu'à la fin des années
1970 acquises et traitées essentiellement sous
forme graphique. Aussi ont-ils dû assurer rapidement
la transition vers le numérique avec des moyens
sensiblement constants, sans pour autant interrompre
l'entretien des documents papier. Cette adaptation repose,
dans de nombreux services hydrographiques, sur la constitution
de bases de données numériques gérées
et exploitées dans un Système d'Information
Géographique (SIG) qui alimente indifféremment
les chaînes de production numérique et
papier.
Cependant, la plupart d’entre eux ont sous-estimé
la complexité du processus d’élaboration
des ENC, ce que démontrent leurs objectifs de
production optimistes. Cet optimisme a été
entretenu par les perspectives d'outils de production
performants et par la sous-estimation des moyens nécessaires
à l'intégration opérationnelle
de tels systèmes dans la chaîne de production.
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Production et diffusion des donneés
en Europe
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La production d'ENC au SHOM s'inscrit
dans le cadre des principes de l'OHI pour la production
et la distribution des ENC (WEND). Cela implique en
particulier que chaque État côtier est
responsable de la constitution et de la tenue à
jour des ENC dans ses eaux de juridiction nationale.
De plus, la diffusion d'ENC dans une région donnée
suppose l'existence d'un centre régional de coordination
(RENC).
Le premier centre RENC est en cours
d'établissement en Europe et devrait être
opérationnel au début de l'année
1999. Ce centre baptisé RENC nord-européen
(RENC/NE) est cogéré depuis 1994 par la
Norvège et le Royaume-Uni. Il est chargé
de diffuser les ENC couvrant la Baltique, la Mer du
Nord et la Manche, en collaboration avec les services
hydrographiques des pays riverains. Par ailleurs, sa
zone de responsabilité a été étendue
à l'Atlantique centre-est et à la Méditerranée,
zones dans lesquelles seuls quelques pays ont la capacité
de produire prochainement des ENC. Enfin, il propose
aux services hydrographiques qui le souhaitent de diffuser
les ENC des zones non encore couvertes par un RENC.
L'objectif du RENC/NE est de satisfaire en priorité
le trafic marchand international.
Parallèlement à la production
des données, plusieurs aspects techniques liés
aux modalités pratiques de diffusion, de tenue
à jour et de protection des données ainsi
qu'à la gestion administrative du service ENC
demandent encore des éclaircissements avant la
mise en service opérationnel du RENC/NE.
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Production des données au
SHOM
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Dans ce contexte, l'expérience
acquise par le SHOM depuis plusieurs années dans
le domaine des ENC nous permet aujourd'hui d'affiner
nos perspectives de production.
Il est sûr qu'elles doivent être reconsidérées
à la baisse dans un contexte de mise en place
d'une activité nouvelle complexe où les
outils et les méthodes doivent être rodés
et les personnels formés. La création
des ENC nécessite en effet une compréhension
fine de la cartographie marine et constitue une charge
supplémentaire.
La stratégie de production du
SHOM a donc été établie afin de
satisfaire au plus tôt les besoins les plus importants
en tenant compte de la situation du trafic le long des
routes maritimes européennes, probablement unique
par son intensité et sa diversité.
Il s’agit tout d’abord d’assurer la fourniture par le
RENC/NE d’un service d’ENC permettant la traversée
longitudinale de la Manche. Cette zone, incluant le
Pas de Calais, est sans nul doute l’une des plus encombrées
au monde et un passage obligé pour de nombreux
navires qui assurent le transport maritime si essentiel
à l’économie européenne. Cette
fréquentation se traduit ensuite sur les côtes
françaises par la présence de plusieurs
ports très importants dont il est nécessaire
d’assurer au plus tôt l’accès par une couverture
d’ENC.
Une fois ce service assuré, les autres régions
au trafic maritime important doivent être couvertes
par des ENC. Le SHOM entreprendra donc en priorité
ces travaux afin d’assurer l’accès de Marseille
et la desserte de la Corse, régions supportant
les plus importants trafics marchand et passager. Progressivement,
la couverture ENC s’étendra alors à l’ensemble
des ports français métropolitains et des
DOM-TOM. Les choix tiennent compte des trafics de marchandises
et de passagers, de la difficulté de navigation
et de la cohérence du catalogue d’ENC afin de
fournir aux usagers le service le plus efficace.
Bien que certains points de la production
doivent encore être clarifiés, dont en
particulier le service de mise à jour, il est
possible d’associer à ces objectifs des dates
indicatives :
| Mise
en service du RENC/NE, début 1999 |
Trafic Manche longitudinale et
ports primordiaux de la Manche opérationnelle
(pour la France) |
| 2000 |
Achèvement de la couverture
de Marseille et de la desserte de la Corse |
| Aux
alentours de 2002 |
Achèvement des ports importants
de France métropolitaine |
| Date
réservée … |
Achèvement de la
couverture ENC dans les DOM-TOM et en métropole
pour le cabotage |
Cette tâche de prospective est
encore difficile. Le rythme de production devrait être
amélioré en 1999 par l’évolution
des outils d'élaboration et de contrôle
des données, dépendant des progrès
techniques rapides dans le domaine des SIG. De plus,
cette évolution permettra de former efficacement
de nouveaux cartographes à cette activité.
Ces actions sont possibles en partie grâce au
soutien de la communauté européenne. Celle-ci
est consciente de l’intérêt de moyens de
navigation modernes pour garantir la sécurité
de la navigation et améliorer la protection de
l’environnement. Aussi apporte-t-elle un concours financier
(projet TEN-T) afin notamment de permettre l’accélération
des productions d’ENC.
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Conclusion
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Si l’intérêt du concept
ECDIS n’est plus à prouver aujourd’hui, sa mise
en œuvre s’est révélée plus complexe
que prévu.
De nombreux services hydrographiques se sont investis
très tôt dans ce programme et ont dû
relever un véritable défi technologique
et humain afin d’assurer la production des ENC indispensables
à l’essor des ECDIS. En conséquence, les
ENC ont tardé à être produites par
rapport à ce qui était prévu au
lancement du projet.
Cependant, ces délais ne doivent pas cacher l’intérêt
de l’ECDIS pour la sauvegarde des vies humaines et de
l’environnement, ni son impact économique dans
une société fortement dépendante
du trafic marchand international.
L’ECDIS n’intéresse pas uniquement
les navires de commerce. Ses capacités d’intégration
d’informations thématiques peuvent concerner
la pêche, en intégrant des informations
spécifiques sur les fonds marins, y compris les
données personnelles de chaque pêcheur
ainsi que des informations de météorologie,
d’océanographie et de biologie. A bord des bâtiments
militaires, les ECDIS devraient remplacer les cartes
papier aussi bien pour la navigation que pour la conduite
des opérations ; ce besoin est à l’origine
du concept de WECDIS (Warship ECDIS). L’ECDIS concerne
aussi de nombreuses applications terrestres : contrôle
du trafic maritime, coordination des secours en mer,
lutte contre la pollution, gestion du littoral sont
autant d’activités où les SIG sont un
facteur de meilleure efficacité et de progrès.
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