La lettre du shom / Lettre n°15  

30-06-2003

Les cartes électroniques de navigation officielles - Production et disponiblité
Denis Créac’h

AVERTISSEMENT


Ce sujet a connu une évolution rapide depuis la parution de la Lettre n°15 (Décembre 1998).
Pour des informations plus récentes, consultez la rubrique
cartes électroniques...


[ État d'avancement du concept ECDIS | Disponibilité des données officielles | Production et diffusion des donneés en Europe | Production des données au SHOM | Conclusion ]

État d'avancement du concept ECDIS


L'approbation en 1995 des normes de performances des systèmes de visualisation de cartes électroniques et d'information (ECDIS) par l'OMI constitue le fondement du concept ECDIS. Ceci autorise tout navire à utiliser un système de cartes électroniques comme équivalent légal de la carte papier, pourvu qu'il respecte certaines contraintes :
utilisation d'un système ECDIS approuvé confor-mément à la spécification IEC 61174 de la Commission Electrotechnique Internationale (IEC) ;
utilisation de cartes électroniques de navigation (ENC) conformes à la spécification de produit ENC de la norme S57 édition 3 de l'OHI, et produites sous la responsabilité de services hydrographiques officiels ;
existence d'un système de secours.

Les normes sont maintenant diffusées et ouvrent la voie à l'émergence de véritables systèmes ECDIS. Cependant ceci est conditionné par la disponibilité d’ENC.

Disponibilité des données officielles


Les services hydrographiques font l'objet de critiques régulières sur l'absence de données officielles (c'est-à-dire produites sous la responsabilité d'un service hydrographique national conformément aux spécifications de produit ENC de la norme S57 édition 3).

Plusieurs raisons sont à l'origine de ce retard. L'évolution de la norme S57 est certainement un élément déterminant. Alors que de nombreux services hydrographiques avaient entamé la production de données conformes à l’édition 2, leur adaptation à l’édition 3 s'est avérée beaucoup plus complexe qu'imaginée au départ. Cependant, le retard dans la fourniture de données ne peut pas être totalement imputé au changement de version de la S57.

Les services hydrographiques sont confrontés à un problème de moyens. Leurs données ont été jusqu'à la fin des années 1970 acquises et traitées essentiellement sous forme graphique. Aussi ont-ils dû assurer rapidement la transition vers le numérique avec des moyens sensiblement constants, sans pour autant interrompre l'entretien des documents papier. Cette adaptation repose, dans de nombreux services hydrographiques, sur la constitution de bases de données numériques gérées et exploitées dans un Système d'Information Géographique (SIG) qui alimente indifféremment les chaînes de production numérique et papier.
Cependant, la plupart d’entre eux ont sous-estimé la complexité du processus d’élaboration des ENC, ce que démontrent leurs objectifs de production optimistes. Cet optimisme a été entretenu par les perspectives d'outils de production performants et par la sous-estimation des moyens nécessaires à l'intégration opérationnelle de tels systèmes dans la chaîne de production. 

Production et diffusion des donneés en Europe


La production d'ENC au SHOM s'inscrit dans le cadre des principes de l'OHI pour la production et la distribution des ENC (WEND). Cela implique en particulier que chaque État côtier est responsable de la constitution et de la tenue à jour des ENC dans ses eaux de juridiction nationale. De plus, la diffusion d'ENC dans une région donnée suppose l'existence d'un centre régional de coordination (RENC).

Le premier centre RENC est en cours d'établissement en Europe et devrait être opérationnel au début de l'année 1999. Ce centre baptisé RENC nord-européen (RENC/NE) est cogéré depuis 1994 par la Norvège et le Royaume-Uni. Il est chargé de diffuser les ENC couvrant la Baltique, la Mer du Nord et la Manche, en collaboration avec les services hydrographiques des pays riverains. Par ailleurs, sa zone de responsabilité a été étendue à l'Atlantique centre-est et à la Méditerranée, zones dans lesquelles seuls quelques pays ont la capacité de produire prochainement des ENC. Enfin, il propose aux services hydrographiques qui le souhaitent de diffuser les ENC des zones non encore couvertes par un RENC. L'objectif du RENC/NE est de satisfaire en priorité le trafic marchand international.

Parallèlement à la production des données, plusieurs aspects techniques liés aux modalités pratiques de diffusion, de tenue à jour et de protection des données ainsi qu'à la gestion administrative du service ENC demandent encore des éclaircissements avant la mise en service opérationnel du RENC/NE.

Production des données au SHOM


Dans ce contexte, l'expérience acquise par le SHOM depuis plusieurs années dans le domaine des ENC nous permet aujourd'hui d'affiner nos perspectives de production.
Il est sûr qu'elles doivent être reconsidérées à la baisse dans un contexte de mise en place d'une activité nouvelle complexe où les outils et les méthodes doivent être rodés et les personnels formés. La création des ENC nécessite en effet une compréhension fine de la cartographie marine et constitue une charge supplémentaire.

La stratégie de production du SHOM a donc été établie afin de satisfaire au plus tôt les besoins les plus importants en tenant compte de la situation du trafic le long des routes maritimes européennes, probablement unique par son intensité et sa diversité.
Il s’agit tout d’abord d’assurer la fourniture par le RENC/NE d’un service d’ENC permettant la traversée longitudinale de la Manche. Cette zone, incluant le Pas de Calais, est sans nul doute l’une des plus encombrées au monde et un passage obligé pour de nombreux navires qui assurent le transport maritime si essentiel à l’économie européenne. Cette fréquentation se traduit ensuite sur les côtes françaises par la présence de plusieurs ports très importants dont il est nécessaire d’assurer au plus tôt l’accès par une couverture d’ENC.
Une fois ce service assuré, les autres régions au trafic maritime important doivent être couvertes par des ENC. Le SHOM entreprendra donc en priorité ces travaux afin d’assurer l’accès de Marseille et la desserte de la Corse, régions supportant les plus importants trafics marchand et passager. Progressivement, la couverture ENC s’étendra alors à l’ensemble des ports français métropolitains et des DOM-TOM. Les choix tiennent compte des trafics de marchandises et de passagers, de la difficulté de navigation et de la cohérence du catalogue d’ENC afin de fournir aux usagers le service le plus efficace.

Bien que certains points de la production doivent encore être clarifiés, dont en particulier le service de mise à jour, il est possible d’associer à ces objectifs des dates indicatives :

Mise en service  du RENC/NE, début 1999 Trafic Manche longitudinale et ports primordiaux de la Manche opérationnelle  (pour la France)
2000 Achèvement de la couverture de Marseille et de la desserte de la Corse
Aux alentours de 2002 Achèvement des ports importants de France métropolitaine
Date réservée …  Achèvement de la couverture ENC dans les DOM-TOM et en métropole pour le cabotage

Cette tâche de prospective est encore difficile. Le rythme de production devrait être amélioré en 1999 par l’évolution des outils d'élaboration et de contrôle des données, dépendant des progrès techniques rapides dans le domaine des SIG. De plus, cette évolution permettra de former efficacement de nouveaux cartographes à cette activité.
Ces actions sont possibles en partie grâce au soutien de la communauté européenne. Celle-ci est consciente de l’intérêt de moyens de navigation modernes pour garantir la sécurité de la navigation et améliorer la protection de l’environnement. Aussi apporte-t-elle un concours financier (projet TEN-T) afin notamment de permettre l’accélération des productions d’ENC.

Conclusion


Si l’intérêt du concept ECDIS n’est plus à prouver aujourd’hui, sa mise en œuvre s’est révélée plus complexe que prévu.
De nombreux services hydrographiques se sont investis très tôt dans ce programme et ont dû relever un véritable défi technologique et humain afin d’assurer la production des ENC indispensables à l’essor des ECDIS. En conséquence, les ENC ont tardé à être produites par rapport à ce qui était prévu au lancement du projet.
Cependant, ces délais ne doivent pas cacher l’intérêt de l’ECDIS pour la sauvegarde des vies humaines et de l’environnement, ni son impact économique dans une société fortement dépendante du trafic marchand international.

L’ECDIS n’intéresse pas uniquement les navires de commerce. Ses capacités d’intégration d’informations thématiques peuvent concerner la pêche, en intégrant des informations spécifiques sur les fonds marins, y compris les données personnelles de chaque pêcheur ainsi que des informations de météorologie, d’océanographie et de biologie. A bord des bâtiments militaires, les ECDIS devraient remplacer les cartes papier aussi bien pour la navigation que pour la conduite des opérations ; ce besoin est à l’origine du concept de WECDIS (Warship ECDIS). L’ECDIS concerne aussi de nombreuses applications terrestres : contrôle du trafic maritime, coordination des secours en mer, lutte contre la pollution, gestion du littoral sont autant d’activités où les SIG sont un facteur de meilleure efficacité et de progrès.


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