La lettre du shom / Lettre n°16  

30-06-2003

Cartes marines et systèmes géodésiques
Raymond Guillou


[ Pourquoi a-t-on besoin des systèmes géodésiques ? | Des écarts lourds de conséquences | Demain, aura-t-on toutes les cartes en WGS 84 ? ]

Pourquoi a-t-on besoin des systèmes géodésiques ?


L’objectif d’une carte est de représenter sur une surface plane (feuille de papier) ou assimilée (écran d'ordinateur) une partie de la surface du globe terrestre.
Compte tenu de la forme de la terre, les géodésiens et les cartographes ont recours à des formules mathématiques de projection faisant correspondre un point de la carte à chaque point du globe terrestre.
Les projections les plus connues s’effectuent sur des cylindres (Mercator) ou des cônes (Lambert) tangents à la terre.
En cartographie marine, la représentation la plus utilisée est la projection de Mercator.

Projection cylindrique
Projection conique

Pour appliquer ces formules mathématiques afin de déterminer les coordonnées d’un point sur la carte, il faut connaître la position du point représenté dans un repère de coordonnées lié à la terre : un système géodésique de référence.



La surface terrestre ou surface topographique comporte des montagnes, des vallées et des fosses océaniques. Cette surface complexe ne peut, bien évidemment, pas être définie de façon mathématique. Les géodésiens utilisent pour les calculs une approximation de la surface topographique : un ellipsoïde de révolution aplati aux pôles. Les écarts entre l’ellipsoïde et la surface topographique atteignent près de 9 000 m pour les plus hautes montagnes et 11 000 m pour les fosses les plus profondes.
Par ailleurs, les mesures géodésiques terrestres classiques se font par rapport à la surface terrestre. La référence disponible en chaque point de mesure étant la verticale du lieu, une troisième surface est prise en compte pour l’étude de la terre. Il s’agit de la surface équipotentielle du champ de gravité ou géoïde. Le géoïde est en tous ses points perpendiculaire à la verticale du lieu et il coïncide avec le niveau moyen des mers supposées au repos. Le géoïde présente des creux et des bosses liés à l’inégale répartition des masses de la terre.
Mais les écarts entre le géoïde et l’ellipsoïde de référence restent modestes et ne dépassent guère une centaine de mètres dans un sens ou dans l’autre.



Pour mettre en place un système géodésique dans un pays, on définit un ellipsoïde de référence qui suit au mieux sur l’ensemble de ce pays la forme locale du géoïde. Les dimensions, l’orientation et la position relative de cet ellipsoïde peuvent différer de celles des ellipsoïdes associés à d’autres systèmes de référence horizontaux. Ces systèmes locaux sont généralement centrés sur un point distant de quelques centaines de mètres du centre de gravité de la terre.
Un objet quelconque de la surface terrestre peut donc avoir autant de coordonnées géographiques qu’il y a de systèmes de référence.

Aujourd’hui, de nombreux systèmes coexistent, principalement pour des raisons historiques et du fait de l’élargissement de la zone d’application des techniques de la géodésie à la terre entière.
Il a fallu en effet attendre l’avènement des satellites artificiels pour passer d’une géodésie locale ou régionale à une géodésie globale. L’ellipsoïde de référence est alors devenu unique ; il est centré à quelques mètres du centre de gravité de la terre.

Des écarts lourds de conséquences


Lorsqu’un navigateur reporte un point sur une carte à partir de relèvements optiques ou de distances mesurées au radar, il se positionne en relatif par rapport à la côte et n’a donc pas à se soucier du système géodésique utilisé sur la carte.
Par contre le report du point d’une carte à l’autre au moyen de ses coordonnées ne peut se faire sans précaution si les deux cartes sont rapportées à des systèmes géodésiques différents.
Le développement des systèmes de navigation par satellites et en particulier du GPS (Global Positionning System) a rendu ce problème plus crucial en raison de leur couverture mondiale et de leur fonctionnement dans un système géodésique unique, différent de celui utilisé pour la majorité des cartes marines existantes.
En effet, le GPS donne à tout moment la position du navire rapportée au système géodésique mondial WGS 84. Pour le moment, très peu de cartes se réfèrent à ce système. Or l’écart entre le système géodésique auquel est rapportée une carte et le système WGS 84 peut être considérable :

toutes les cartes de nos côtes métropolitaines postérieures à 1960 sont rapportées au système géodésique européen ED 50. L’écart horizontal moyen entre le WGS 84 et le ED 50 est de 150 m. Pour les cartes plus anciennes, publiées dans des systèmes géodésiques locaux, cet écart peut atteindre 200 m ;

en Guadeloupe le système géodésique des cartes du SHOM est l’IGN 51 dont l’écart par rapport au WGS 84 est de l’ordre de 500 m ;

l’écart entre le système géodésique des cartes de la Réunion (IGN 47) et le WGS 84 est de l’ordre de 1 500 m.

En principe les cartes à moyenne ou grande échelle fournissent en nota les corrections à apporter aux latitudes et longitudes données par un récepteur GPS dans le système WGS 84, pour se ramener au système géodésique de la carte (figure 5). Ces corrections doivent être appliquées avant de porter le point sur la carte, faute de quoi le navigateur portera sur sa carte des points dont la position sera erronée de quelques centaines de mètres, voire de mille mètres ou plus.

Demain, aura-t-on toutes les cartes en WGS 84 ?


(Nouvelle rédaction avril 2000)

Toutes les cartes publiées ou rééditées par le SHOM entre 1984 et 2000 et établies dans un autre système que le WGS 84 comportent le nota évoqué plus haut précisant les corrections en latitude et longitude à appliquer aux positions exprimées en WGS 84.

L’objectif du SHOM est maintenant d’adopter systématiquement le système géodésique WGS 84 pour les publications et les nouvelles éditions de cartes originales à partir du 1er janvier 2001.

Parallèlement, les lots de données numériques ENC (Electronic Navigational Chart) pour les systèmes de cartes électroniques (ECDIS) sont produits dans le système WGS 84.

En résumé, la position du SHOM rejoint celle de l’Organisation Hydrographique Internationale (OHI) :

l’emploi du WGS 84 est recommandé pour les publications et les nouvelles éditions de cartes originales ;

les lots de données numériques au format S-57 pour les systèmes de cartes électroniques sont tous produits dans le système WGS84.


En conclusion, il est important de retenir qu'une carte papier même récente peut ne pas être en WGS 84. Il faut donc systématiquement consulter le nota du titre en cas d'utilisation du GPS ou de report de point d'une carte à une autre. Bien des accidents en mer seront ainsi évités !

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