La lettre du shom / Lettre n°17  

30-06-2003

Du sondeur vertical au sondeur multifaisceaux
Patrick Michaux 

Principes de fonctionnement| Avantages et inconvénients des SMF | Conclusion]

Les navigateurs sont familiers des écho-sondeurs classiques, dits sondeurs monofaisceaux ou verticaux. Ces appareils mesurent la profondeur à la verticale du navire le long de la route suivie, au moyen d’ondes sonores.
Ces sondeurs ont longtemps été le seul moyen acoustique disponible, permettant aux hydrographes de mesurer la profondeur en vue d’établir les documents d’aide à la navigation de surface ou sous-marine. Aujourd’hui encore, certains navires hydrographiques et la plupart des embarcations hydrographiques de petites dimensions en service au SHOM mettent en œuvre des sondeurs de ce type.
 

Toutefois, au cours des années 70, une nouvelle génération de sondeurs beaucoup plus performants est apparue sur le marché : les sondeurs multifaisceaux (SMF). Ces appareils mesurent la profondeur sur une large fauchée, comme le feraient de multiples sondeurs verticaux orientés différemment par rapport à la verticale.
Dès 1989, le SHOM a franchi le pas en adoptant cette nouvelle technologie sur l’un de ses bâtiments (BH2 BORDA) et a décidé d’entrer dans ce qu’il faut appeler une nouvelle ère pour l’hydrographie.
 
 

PRINCIPES DE FONCTIONNEMENT 

 

Sondeurs verticaux
 

Les sondeurs verticaux sont très répandus dans le monde de la navigation et équipent la plupart des navires et embarcations naviguant aujourd’hui.
Ces sondeurs déterminent la profondeur à la verticale du navire en mesurant le temps de propagation aller-retour d’une onde acoustique entre le navire et le fond. La connaissance de la célérité du son dans l’eau permet d’en déduire la distance entre le fond et le navire, c’est-à-dire la profondeur.
 

Comme le montre le cône rouge de la figure 1, le sondeur vertical émet une onde qui peut être assimilée à un cône d’ouverture importante (de 15 à 30 degrés en général). La résolution de ce sondeur demeure donc assez faible : la surface « insonifiée » au fond est d’autant plus importante que l’ouverture du cône est grande et que la profondeur est importante.
 

Sondeurs multifaisceaux (SMF)
 

Le principe de fonctionnement des sondeurs multifaisceaux est différent : il est basé sur des techniques acoustiques qui permettent, non plus de sonder à la verticale du navire comme les sondeurs classiques, mais de mesurer sur toute une fauchée perpendiculaire à l’axe du navire. La largeur de cette fauchée varie de 2 à 7 fois la profondeur. 
La technique généralement utilisée est dite des « faisceaux croisés » car l’émission du signal sonore et la réception de l’écho réfléchi s’effectuent selon des faisceaux perpendiculaires dont l’intersection représente la surface sondée. L’émission est effectuée par un faisceau de très faible ouverture longitudinale (de l’ordre de 2°) mais très large latéralement (de 30° à 180° suivant les sondeurs). La réception est effectuée par plusieurs faisceaux (de 20 à plus de 200) perpendiculaires au faisceau d’émission, de faible ouverture latérale (1 à 5° en général) et de grande ouverture longitudinale (plus de 20°)  de façon à recevoir avec certitude le signal réfléchi.
La figure 1 illustre cette technique.

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

AVANTAGES ET INCONVENIENTS DES SMF

 

Avantages
 

La précision des données des SMF n’est pas supérieure à celle des sondeurs monofaisceaux. Les données de bathymétrie acquises par ces sondeurs respectent les mêmes normes hydrographiques en termes de précision verticale.
 

En revanche, les SMF constituent une véritable révolution en termes de : 

 

Densité et couverture des données :
Les sondages classiques ont toujours été effectués le long de routes parallèles (les profils) et régulièrement espacées. Cette méthode produit une très forte densité de données le long de la route suivie, tout en laissant une grande surface entre les profils totalement inconnue. Les données des SMF, acquises avec une cadence qui peut être élevée, sont régulièrement espacées au sol dans les deux directions (selon le profil et perpendiculairement à celui-ci). Il est en outre possible de mettre à profit la couverture latérale du sondeur pour effectuer des recouvrements entre les fauchées acquises et assurer ainsi une couverture bathymétrique totale du fond, ce qui était pratiquement irréalisable avec les sondeurs verticaux. On parle alors de sondages surfaciques et non plus linéaires.
 

Résolution :
Les SMF permettent une résolution bien supérieure à celle des sondeurs verticaux classiques : la technique des faisceaux croisés permet d'obtenir une pastille insonifiée d’ouverture 2° à 5° selon les deux directions, alors que la profondeur mesurée par un sondeur vertical est l’intersection d’un cône d’ouverture 20° à 30° avec le fond. La description du fond est donc nettement améliorée, en particulier dans les grandes profondeurs.
 

Imagerie :
Les sondeurs verticaux fournissent des mesures de bathymétrie et permettent une appréciation de la nature du fond en fonction de sa rugosité et de l’absorption du signal acoustique. En revanche, il est possible d’exploiter les données SMF en terme de réflectivité (importante pour des substrats durs et beaucoup plus faible du fait de l’absorption de l’onde pour des substrats mous), et de les tracer sous forme d’image. Ces données permettent une visualisation en deux dimensions des natures du fond, très utile aux sédimentologues. 
L’imagerie acoustique était jusqu’alors l’apanage des systèmes sonar.


Inconvénients

Paradoxalement, le principal inconvénient des SMF est un corollaire de leurs qualités : le volume des données acquises. Comme le traitement des données des sondeurs verticaux était effectué essentiellement à la main sur support analogique, il a fallu complètement revoir les méthodes de travail pour traiter les millions de sondes acquises en quelques heures par les SMF petits fonds sous forme numérique. Toutes les opérations ont été informatisées, automatisées, mais le traitement des volumes gigantesques de données par très petit fond (de l’ordre de 100 millions de sondes pour 1 km² de surface sondée) demeure encore un défi informatique.

En outre, si l’exploitation des mesures du sondeur vertical se contentait de paramètres extérieurs assez sommaires (connaissance de la valeur moyenne de la célérité du son et éventuellement du cap du navire), les SMF nécessitent une connaissance parfaite d’un ensemble de données complémentaires.
La connaissance des caractéristiques acoustiques du milieu est primordiale : en effet, les faisceaux non verticaux du sondeur ne se propagent pas en ligne droite, ni à vitesse constante, si le volume d’eau traversé n’est pas homogène en température et salinité. Ces paramètres peuvent être modifiés par la présence de masses d’eau diverses (eau douce en estuaire...) 
De même l’attitude du navire porteur (roulis, tangage, pilonnement, cap) doit être connue avec exactitude afin de positionner convenablement les sondes mesurées.
Ainsi, les navires, aussi petits soient-ils, doivent être équipés de centrales inertielles précises et de systèmes de mesure de la célérité du son dans l’eau.
 

Applications et progrès apportés par les sondeurs multifaisceaux

 
Les progrès apportés par les SMF sont utiles à la navigation dans la mesure où ils permettent une connaissance totale du fond dans des endroits ou les levés disponibles résultent de la mise en œuvre de sondeurs verticaux, sans une exploration complète du fond (au sonar latéral par exemple). Ils accroissent donc la sécurité de la navigation, même si le résultat de l’exploitation cartographique des données ne diffère pas de celui des données des sondeurs verticaux.
En revanche, la résolution importante et la couverture totale des SMF sont des  atouts considérables pour tous les usagers de la mer dont les besoins nécessitent une connaissance détaillée de la morphologie du fond : industries offshore et pétrolière, pour la pose de pipe-lines ou de câbles sous-marins, militaires pour des applications de lutte anti-mines, océanographes, qui utilisent la topographie précise des fonds pour modéliser et comprendre les mouvements des masses d’eau...
La figure 2 présente un exemple de ce qu'il est possible d'obtenir grâce à une modélisation numérique du fond.

Fig.2 - Goulet de Brest, basse Hermine - modèle numérique de terrain 
d'après un levé au sondeur multifaisceaux Simrad EM 1002
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CONCLUSION

 

Les sondeurs multifaisceaux constituent une réelle révolution technologique dans le domaine de l’hydrographie, qui a nécessité un changement radical des technologies utilisées tant pour l’acquisition que pour le traitement des données. En dépit des difficultés que leur utilisation soulève, ils constituent un progrès considérable, dont la maîtrise est nécessaire à la connaissance détaillée du fond des océans, de plus en plus importante pour les besoins des usagers de la mer.


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