S-100 : le Shom et l’UKHO testent la navigation de demain en Manche

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S-100 : le Shom et l’UKHO testent la navigation de demain en Manche

Mis à jour le 25/09/2026

Le 16 septembre 2026, le Shom a conduit des essais en mer de nouveaux produits et systèmes de navigation entre Saint-Malo et Jersey. Cette nouvelle étape s’inscrit dans une coopération engagée avec l’UK Hydrographic Office (UKHO) pour tester, en conditions réelles de navigation, la nouvelle génération de produits hydrographiques S-100 et préparer leur utilisation à bord des futurs ECDIS S-100.

De la norme aux usages opérationnels

La transition vers le standard S-100 constitue l’une des transformations majeures de l’hydrographie et de la navigation maritime numérique. Là où les systèmes actuels reposent principalement sur les cartes électroniques de navigation S-57, S-100 permettra à l’ECDIS de combiner plusieurs types d’informations maritimes complémentaires.

Aux nouvelles cartes électroniques S-101 pourront notamment être associés des produits décrivant la bathymétrie à haute résolution (S-102), les niveaux d’eau (S-104) ou encore les courants de surface (S-111) et les avertissements de navigation (S-124). L’objectif est de fournir au navigateur une information plus riche, plus dynamique et mieux adaptée à la prise de décision.

Mais avant de généraliser ces nouveaux services, il est indispensable de les confronter à la réalité de la navigation. C’est précisément l’ambition du projet conjoint « UKHO & Shom S-100 ECDIS Project ».

La Manche comme laboratoire grandeur nature

Le Shom et l’UKHO ont choisi la Manche pour conduire une série d’essais en laboratoire, sur simulateur et en mer. Cette zone est depuis 2025 une « S-100 Sea trial area » reconnue par l’OHI dans le cadre d’un programme mondial d’essais en mer.

La zone reliant Portsmouth, Jersey et Saint-Malo constitue un environnement particulièrement exigeant : trafic maritime important, franchissement de plusieurs zones maritimes, forts marnages, courants pouvant être importants et secteurs nécessitant une préparation précise de la navigation.

Ces caractéristiques en font un terrain privilégié pour évaluer l'apport des données S-100 dans des situations opérationnelles réalistes.

Depuis le lancement du projet, de nombreux essais ont déjà permis de confronter les données produites par le Shom et l’UKHO à différents systèmes S-100 et de recueillir les retours des utilisateurs et des industriels. Plusieurs fabricants et fournisseurs de solutions de navigation participent aux travaux, notamment Furuno, NAVTOR, OSI et SevenCs.

Les enseignements recueillis ne servent pas uniquement au projet franco-britannique. Ils alimentent directement les travaux internationaux destinés à améliorer les standards de l’Organisation hydrographique internationale (OHI), les spécifications des futurs ECDIS et, plus largement, les conditions de déploiement opérationnel de S-100.

Le 16 septembre, une nouvelle étape au départ de Saint-Malo

Le 16 septembre 2026, le projet a franchi une nouvelle étape avec les premiers essais en mer organisés côté français, entre Saint-Malo et Jersey.

Les navigateurs de la compagnie DFDS ont pu tester les données S-100 dans des conditions réelles, à bord du Navire à Grande Vitesse Tarifa Jet, et comparer leur utilisation avec celle des produits actuellement disponibles.

L'enjeu ne consiste pas seulement à vérifier que les données peuvent être affichées sur un ECDIS. Il s'agit surtout d'évaluer leur utilisation intégrée : comment les différentes couches d'information se combinent-elles ? L'information reste-t-elle lisible ? Aide-t-elle effectivement le navigateur à anticiper une situation et à prendre une décision ? Comment les informations dynamiques, telles que le niveau de la mer ou les courants, peuvent-elles compléter la carte marine ? 

Dans une zone comme Saint-Malo et les îles Anglo-Normandes, caractérisée par des marées et des courants importants, ces questions prennent une dimension très concrète.

Le commandant en second du navire, Stanislas Fontant reconnait ainsi que « les produits S-100 testés sur notre zone permettraient clairement d’ouvrir des nouvelles routes et d’optimiser l’exploitation du navire »

Timo Kostiainen, chargé du développement de l’ECDIS S-100 chez Furuno ajoute que « ces essais ont permis de bénéficier de l’expérience des utilisateurs et des données réelles produites par un service hydrographique » 

Tester également la coexistence entre S-57 et S-100

La transition vers S-100 sera progressive. Pendant plusieurs années, les navires devront pouvoir utiliser simultanément des données issues du système actuel S-57 et les nouveaux produits S-100.

Cette période dite « dual fuel » constitue donc un élément essentiel des essais. Le projet doit notamment permettre de vérifier que cette coexistence s'effectue sans dégrader la sécurité de la navigation, tout en évaluant les nouveaux services que rend possible S-100.

Les résultats contribueront aux travaux menés au sein de l'OHI, mais aussi aux réflexions de l'Organisation maritime internationale (OMI) et de la Commission électrotechnique internationale (IEC), notamment pour faire évoluer les exigences applicables aux futurs ECDIS.

Une contribution directe à la construction des standards internationaux

Les essais menés depuis le début du projet ont déjà démontré l'intérêt de confronter très tôt les standards à leur mise en œuvre concrète.

Les échanges avec les fabricants d'équipements et les utilisateurs ont permis d'identifier des besoins de clarification ou d'amélioration des spécifications S-100. Ces retours sont ensuite portés dans les groupes de travail internationaux concernés.

La démarche va donc bien au-delà de la production de nouvelles données hydrographiques : les essais en mer participent directement à la construction de la future infrastructure mondiale de navigation numérique.

Les essais du 16 septembre entre Saint-Malo et Jersey constituent ainsi une étape supplémentaire dans un travail engagé depuis plusieurs années par le Shom, l'UKHO, les industriels et les utilisateurs.

Après le développement des standards vient désormais le temps de leur confrontation au terrain : transformer S-100 en services réellement utiles aux navigateurs et préparer, collectivement, la navigation numérique de demain.

Le Shom et l’UKHO remercient sincèrement l’équipage du Tarifa Jet, DFDS et FURUNO pour leur contribution à ces essais.